Tell Me Your Dream

Ceremony

Relapse Records – 2026
par Alex, le 16 août 2026
8

Plus de vingt ans de tournées interminables et de disques increvables, ça achète une liberté que peu de groupes du milieu s'autorisent : celle d'aller gratter ailleurs sans jamais donner l'impression de fuir quoi que ce soit. Revoilà ces punks de Ceremony avec Tell Me Your Dream, septième album d'une carrière qui refuse obstinément de se laisser enfermer dans un genre ou une époque. Et c’est peut-être ce qui explique la fascination dont fait l'objet le groupe californien.

On l’avait déjà dit il y a 7 ans, les jours du powerviolence sont lointains et la formation est désormais méconnaissable, non sans avoir fait grincer quelques dents au passage. Toute leur discographie n'aura été qu'une sorte de grand jeu d'orientation à la recherche d'une destination finale qui prenait un malin plaisir à changer à chaque disque. Sauf que cette fois, plutôt que d’opérer un nouveau virage à 180°, Ceremony combine tout : Tell Me Your Dream sonne comme un groupe qui aurait arrêté de se demander qui il est censé être, et qui balance à la place toutes ses vies précédentes dans le même sac et sans complexe.

Surtout, on sent ici un groupe en pleine possession de ses moyens. Depuis Zoo, on avait parfois l'impression que les natifs de Rohnert Park tâtonnaient un peu, non sans une certaine réussite bien sûr, avec une incursion garage rock par-ci, une tentation post-punk par-là, un virage carrément synthwave ensuite… Comme s'il s'agissait avant tout de se débarrasser d'une étiquette encombrante, celle du groupe hardcore qui ne pourrait jamais être autre chose. Ici, plus de doute : l'identité est assumée, et le songwriting n'a rien perdu de sa précision. Ceremony ne cherche plus à prouver qu'il peut faire autre chose que du punk hardcore, il le fait, tout simplement, avec l'assurance tranquille d'un groupe respectable et respecté, qui sait exactement où il met les pieds. Un groupe qui excelle sur tous les tempos, et qui surtout canalise incroyablement son énergie, jusqu'à des explosions qui tombent toujours aux meilleurs moments.

On retrouve ici John Reis à la production, celui qui avait déjà bossé avec eux sur The L-Shaped Man en 2015, et ce n’est peut-être pas un hasard. Son empreinte se retrouve dans ce grain un peu crade et cette énergie de groupe qui joue live plus que de celui qui peaufine en studio. Le disque ne dépasse pas la demi-heure et se montre régulièrement tendu, avec cette même manière de laisser la rythmique cogner sèchement pendant que le chant vient s'y accrocher. Par ailleurs, la place qu'occupe Anthony Anzaldo - guitariste, claviériste, cerveau officieux du groupe depuis toujours - prend nettement plus d’ampleur. S’il avait déjà commencé à s'imposer vocalement sur In The Spirit World Now, et venait régulièrement se glisser en doublure de Ross Farrar, il est bien plus présent ici, autant dans les arrangements que les backings vocals

Ceremony n'a pas renié son ère post-punk sombre, il l'a juste rangée un cran plus bas dans le mix, au profit d'un son plus sec, plus habité par les fantômes du hardcore et de l'anarcho-punk période Discharge / Crass. Tell Me Your Dream n'est pas le disque d'un groupe qui cherche à prouver quelque chose : c'est le disque de celui qui, à l’aube de son quart de siècle, fait le bilan et a enfin arrêté de choisir entre ses différentes phases pour toutes les faire cohabiter. Longue vie à Ceremony.