On The Promise Of The Moon

Reeking Aura

Profound Lore Records – 2026
par Simon, le 7 août 2026
8

On aurait voulu essentialiser cette chronique du deuxième album de Reeking Aura que toute notre analyse aurait pu tenir sur cette première seconde d’ouverture. Cette respiration initiale, cette prise en souffle au démarrage qui synthétise tout ce qui va suivre, cette capacité à parcourir l’extra mile jusqu'à l’intensité que demande ce niveau absurde de remplissage. Et comme un début ne signifie rien sans une fin, on finirait notre analyse sur ce départ de scène de manière totalement abrupte, sans aucun embryon d’adieu. Quasiment en plein milieu d’un riff, On The Promise of The Moon disparaîtra tout à l’opposé de cette première respiration, avec la même intensité et le même sentiment que toutes les questions n’auront pas reçu de réponses.

Dans l’intervalle, il y a un monde complet. En tous cas si on s’en tient à tout ce qui est proposé par les New-Yorkais, une sorte d’hybride insaisissable au cœur duquel tout fait pourtant sens. Nous ne sommes pas friands des hybrides maladroits, des crossovers trop ambitieux pour le talent des esprits censés les produire. Pour le dire simplement : on préfère cent fois notre metal banal mais incroyablement exécuté que potentiellement incroyable mais exécuté d’une manière insuffisante. Notre enthousiasme est ici calme et serein, là où il aurait pu être extatique et bêtement dithyrambique. Peut-être qu’après la cinquantaine d’écoutes qui nous sépare de notre découverte de Reeking Aura - essentiellement via une signature sur Profound Lore Records - nous avons compris la substance profonde du langage musical qui nous est offert ici.

Et il n’en fallait pas moins pour que l’ensemble tienne debout. Non pas que les élans shoegaze/atmo n’aient rien à foutre dans une gigantesque leçon de death metal, mais il est clair que rien de tout ça n’était gagné d’avance. Un death organique qui roule tout en technique, tout en mélodies imbriquées, qui passe d’une structure à une autre sur des temps assez courts, qui se projette d’idée en idée comme un Tarzan fou d’une liane à une autre. Il y a pas mal de grindcore aussi à certains endroits - notamment dans les attitudes vocales exceptionnelles de l’ancien leader de Artificial Brain qui ne sont qu’une cerise sur le gâteau - dans les capacités d’accélération du groupe pour qui rien ne semble impossible à concilier. 

Un hybride death progressif et technique qui mêle intensité légèrement disso-death (tirant parfois jusqu’au post-rock ou au lointainement gothique), attitudes de grindeux ingérables et intercalage d’ambiances atmosphériques très émotionnelles. Il n’y avait aucune chance que ça ne sonne pas autrement que dégueulasse et pourtant on tient sans aucun doute possible un top 10 de fin d’année dans sa catégorie. Un mélange malin entre le meilleur de la synthèse proposée par le dernier Eximperitus, le charme organique et hautement sincère du premier Ancient Death et le delivery fou de rage et de technique du premier Living Gate dans une forme finale que seul Reeking Aura était capable de sortir. 

Car c’est bien là que brille On The Promise of The Moon : dans la singularité de son langage musical, qui devient à force d’écoutes une entité impossible à pleinement séquencer dans la somme de ses influences. C’est d’ailleurs la seule raison pour laquelle ce deuxième album est viable une fois sorti au contact de l’air : sa capacité à être à la fois l’accumulation de ses partis pris musicaux et la toute puissance d’un tout qui ne souffre d’aucune autre référence que son propre modèle. Un disque assez rare dans l’exactitude de son propos, qui tient en seulement trente minutes sa leçon de metal total, belle de son empressement et de son obsession à vouloir tout nous donner, dans l’ordre ou pas. Avant de disparaître soudainement dans ce qui est passé comme un seul battement de cœur.