you seem pretty sad for a girl so in love
Olivia Rodrigo
Qu'Olivia Rodrigo pose sur une balançoire, robe rose et jambe tendue vers le ciel, pour la pochette de son troisième album, ce n'est pas tant une citation directe qu'un imaginaire partagé, celui de la jeune femme libre et heureuse qui survole un instant sa propre vie, un imaginaire que Jean-Honoré Fragonard avait déjà peint en 1767 dans La Balançoire, et que Courtney Love avait elle-même convoqué en 1994 sur la pochette de Live Through This, où une reine de promo s'envole, couronne et bouquet à la main, entre deuil et allégresse. Trois images séparées de deux siècles et demi, trois femmes suspendues dans les airs, et pourtant Love, qui avait déjà accusé Rodrigo de lui avoir emprunté cette imagerie sans la créditer, ne compte visiblement pas parmi ses admiratrices.
Le disque, lui, tient largement ses promesses, et c'est bien là ce qui rend la pochette presque anecdotique face à l'écriture qui la porte, "Drop Dead" et "Honeybee" capturant cette ivresse amoureuse avec une précision mélodique que peu de ses contemporaines maîtrisent aussi bien, "Maggots for Brains" et "My Way" laissant affleurer la petitesse et la jalousie sans jamais sombrer dans la caricature, et "The Cure" ou "Cigarette Smoke" (oui, nous écrivons les titres avec des majuscules, il est grand temps que cette idée de tout écrire en minuscule s’arrête) refermant l'arc avec une justesse d'écriture qui confirme, une fois de plus, que Rodrigo sait raconter une histoire d'amour de bout en bout mieux que la plupart de ses aînées.
Reste que la citation, sur la pochette, fonctionne malgré tout davantage comme un décor que comme un discours, Fragonard prêtant sa texture picturale sans sa préciosité, Courtney Love prêtant sa silhouette sans sa rage, et "Purple", abandonné au profit du rose, pourrait presque servir de clin d'œil involontaire à ce glissement, ce changement de nuance dans un même nuancier plutôt qu'une vraie rupture. Mais il faut aussi lui reconnaître ceci, que peu d'artistes de ce calibre laissent encore une place, même petite, au doute et à la question, et "What's Wrong With Me" trouve une sincérité qui dépasse largement l'emballage promotionnel autour d'elle. Il restera donc cette évidence plus douce qu'amère, que citer la rébellion avec autant de soin n'empêche pas, parfois, d'en retrouver un peu de la vraie chaleur, en chanson sinon en image.