Who Coppin
Larry June
On sort d’un enchaînement Roland Garros / Coupe du Monde / Tour de France, soit deux mois placés sous le signe de la performance. Être confronté H24 aux exploits d’athlètes de haut niveau étant une source potentielle de détestation de soi, on a besoin dans nos vies de disques comme ceux de Larry June, car il faut reconnaître au rappeur de San Francisco un talent : celui de donner l’impression qu’il n’en a pas vraiment, ou en tout cas pas beaucoup plus que toi.
Souvent associé à la mouvance stoner rap pour l’indolence manifeste de sa musique, Larry June capitalise sur les bases jetées par des gens comme Curren$y ou Wiz Khalifa, et s’associe ensuite à des producteurs conscients de ses qualités et des limites de sa motivation sur des albums dont les formes généreuses renvoient à ce G-Funk dont il aime se faire l’apôtre, et dont la vitesse de croisière est inversement proportionnelle à celle des bagnoles sur le capot des quelles il aime poser son auguste postérieur. Et Who Coppin ne bouscule pas la hiérarchie : mis en confiance par des productions aux basses plus ronflantes que ton pote dans la tente du festoche après 20 bières, l’auditeur est transporté sur une highway américaine, en route vers une plage de sable chaud avec dans le coin de la bouche une joint de kush dont le diamètre se rapproche de celui d’un Cohiba de dictateur sud-américain. Bref, c’est la Californie dans ton salon, et sans devoir passer par une fouille rectale à la douane de LAX.
Oui, on le sait, c’est toujours la même rengaine, et oui c’est un confort dans lequel Larry June se complait. On aurait donc pu faire l’économie d’une chronique puisque tous ses disques sont les mêmes. Sauf que ce Who Coppin est peut-être son meilleur depuis 2 P’z in a Pod en 2022. Ce n'est donc pas rien, et cela se manifeste dès le premier titre, le bondissant « Go Outside Intro », sur lequel il atteint en quelques mesures à peine des sommets de décontraction et de flex – n’essayez surtout pas de reproduire cela chez vous. Toujours aussi à l’aise dans son costume de hustler / entrepreneur, toujours convaincu qu’il pourra nous faire oublier certains placement foireux par son charisme, toujours peu mais bien accompagné (s/o la sensualité vaporeuse de Jhené Aiko sur « California Dream), Larry June donne ainsi l’impression d’être concerné par son sujet comme rarement auparavant, propulsé par une énergie que l’on qualifiera de folle à son échelle, et qui permet à ce nouveau long format de proposer un peu de diversité dans une discographie à l’homogénéité un chouïa trop affirmée.
Certains rétorqueront que c’est dans cet immobilisme stylistique et ce je-m’en-foutisme de façade poussé à son paroxysme que réside tout le sel de la musique de Larry June, mais c’est aussi ce qui nous empêche souvent d’arriver au bout d’un album sans penser à ne surtout pas oublié de racheter du beurre au supermarché. Et parce qu’on sait que la probabilité qu’il retombe dans ses travers dès le prochain album est grande, et que celui-ci sortira plus tôt que tard, et qu’on risque donc de ne pas vous en parler, ne boudez surtout pas notre plaisir.