L'école de la nuit

Gilb'R

Versatile – 2026
par Jeff, le 19 juillet 2026
7

La French Touch, Gilb’R ne veut pas vraiment en entendre parler. Ne veut pas spécialement y être associé. N’en revendique pas forcément une part de l’héritage. Sauf que sur ce dernier point, on se doit de lui donner tort. Si la French Touch ne s’est pas bâtie sur les fondations de son label Versatile, ce dernier a fonctionné comme une sorte de miroir inversé. Avec Gilb’r en chef de meute, et une équipe de d’underdogs composée de gens comme Joakim, I:Cube ou Etienne Jaumet, Versatile a proposé un contre-narratif inoubliable, loin des couvertures de Technik’art mais au plus près des cœurs d’amateurs de musique électronique jamais contre une improbable cabriole.

30 années nous séparent des premiers releases du label, et cet anniversaire permet déjà de corriger une erreur monumentale contenue dans ce texte : non il ne faut pas parler de Versatile au passé. Alors c’est vrai que ces dix dernières années, le label s’était fait plutôt discret, et rien ne permet d’affirmer que les dix qui s’annoncent seront celles de la renaissance. Ce qu’on peut par contre dire, c’est qu’au moment de souffler la 30ème bougie, Gilb’R a su y mettre les formes, avec un album à tous points de vue inattendu.

Inattendu en ce sens qu’on avait franchement autre chose en tête quand L’école de la nuit est sorti mi-juin – les 3 c : congés, canicule, coupe du monde. Inattendu ensuite par son contenu : le disque n’est pas un album électronique comme on pouvait le concevoir venant de l’homme derrière ce genre de délices deep as fuck. Non content de multiplier les influences, Gilb’r prend surtout un soin tout particulier à piocher dans des choses qui l’éloignent du dancefloor – question d’âge peut-être, volonté de se challenger certainement, ce qui est assez logique de la part d’un type qui n’a pas fait de la nostalgie un fond de commerce.

Court mais varié, curieux mais sans jamais donner l’impression d’un fourre-tout mal maîtrisé, on aurait envie de dire qu'on tient ici le disque de la maturité, si Gilb’R n’en faisait pas déjà preuve à la fin des 90's. Façonné à parts égales par un amour du songwriting, des collaborations bien senties et des influences à aller chercher du côté de la synth-pop, du rock ou du jazz, L'école de la nuit oppose aux tumultes d’un monde par trop complexe de vignettes sans autre prétention que de nous rappeler que la vie est peut-être avant toute chose une affaire de plaisirs simples et qu’au final, tout ira bien. On a le droit de ne pas croire Gilb’R mais pendant ces 35 minutes passées en sa compagnie, on lui donnerait franchement le bon dieu sans confession.