Bivabippabualukka
Sofie Birch
C’est la fin du mois de juillet, et on peut déjà le dire : 2027 s'annonce comme un des rollercoasters les plus épuisants du siècle en cours. Pour Sofie Birch par contre, on a le sentiment que c’est busines as usual. Fidèle à elle-même, la Danoise continue de vivre sa meilleure vie dans son coin et d’être invisible au sens où on pourrait l’entendre en 2026 : elle ne tourne pas intensivement, existe assez peu sur les réseaux sociaux, et son actualité se résume à peu de choses près au journal de bord qu’elle tient dans son émission Ambient Abracadabra sur la webradio NTS. C’est peu dire donc que l'artiste s’épanouit en marge du brouhaha du monde, creusant son sillon sur des disques à l’impact réduit, mais dans une relation de fidélité rare avec un cercle d’auditeurs qui tend à s'élargir.
Car les disques de la Danoise sont rarement défricheurs : ce n’est pas une quelconque volonté d'exister dans les marges qui a rendu Sofie Birch importante aux yeux des gens qui l’écoutent. C’est plutôt son artisanat revendiqué, les moyens qu’elle déploie pour s’éviter d’écrire toujours le même disque, mais surtout cette douce tranquillité qui parcourt sa musique. En 2022, on l’avait laissée sur un Holotropica joli mais inégal, où son ambient commençait à flirter avec des instrumentations organiques qui la sortaient de son studio improvisé. En 2026, la donne a un peu changé : Sofie Birch a fait en sorte que sa musique ne soit plus une affaire d’accidents individuels mais collectifs, et elle commence à s’affranchir des synthétiseurs histoire de voir ce que sa musique pourrait donner en misant d'avantage sur l'organique.
Autant le dire tout de suite : si révolution il y a sur Bivabippabualukka, elle tient au modus operandi privilégié par la Danoise. Si les synthés ont toujours voix au chapitre, ils semblent presque relégués à l’arrière-cour de cet orchestre de fortune qui se déploie titre après titre, s’affranchissant du seul cadre de la musique ambient pour aller gentiment embrasser la léthargie de la bossa nova, la folk ou le jazz new age. Un truc qui pourrait largement donner le sentiment de s’écouter jouer si on ne sentait pas ce on-ne-sait-quoi de contagieux qu’à toute cette troupe à improviser, expérimenter et globalement s’amuser dans ce laboratoire où la cheffe d’orchestre vient ensuite piocher et arranger pour assembler le produit fini. Et à l'arrivée ? Treize titres comme autant de vignettes réussies pour ce nouveau virage à 360°.
Avec cet album logé quelque part entre la mélancolie langoureuse de Domenique Dumont et le psychédélisme solaire de DJ Koze, on comprend mieux que jamais ce qui pousse Sofie Birch à se tenir à l’écart de l’époque dans laquelle elle vit : pour mieux préserver ce formidable optimisme qu’elle décline disque après disque, à chaque fois avec davantage de beauté et de maîtrise. Vous l'avez compris, vous devriez tous avoir un peu de Sofie Birch dans votre vie.