Rotting On A Golden Throne
Zerre
Mais quelle époque de merde. On a retourné tous les angles d’attaque possible pour vous parler de ce quatrième album de Zerre et une seule chose est certaine : il n’y avait pas pire timing pour sortir ce Rotting On A Golden Throne. Et le plus rageant dans toute cette histoire, c’est que les Allemands n’y sont strictement pour rien. Mais l’histoire est faite ainsi, et qu’elle soit structurelles ou conjoncturelles - nous allons y revenir - les circonstances qui encadrent la sortie de cet album auront un impact définitif sur sa réception. Qu’on le veuille ou non.
Le thrash metal tout d’abord est affreusement codé. Plus encore que peuvent l’être les grands patrons de ce metal jeu - disons le black, le death et le doom, pour faire court - le thrash metal est une musique de son époque et, à moins de s’appeler Voivod, Vektor ou Atheist ou d’emprunter le versant technico-technique de la montagne, tout revient toujours aux dix même groupes. Ceux-là ont plus ou moins tout inventé, en tous cas dans leur formule la plus mainstream, et mangent à tous les buffets à volonté quand il s’agit d’évoquer l’arbre généalogique du genre. C’était le fameux bloc allemand contre le bloc ricain. Et ça l’est encore aujourd’hui, malheureusement pour tous les autres.
Le Big Teutonic 4 est plus actif que jamais : Kreator, Sodom et Destruction sortent d’une récente tournée mondiale et continuent à sortir des disques vraiment pas dégueu pendant que Tankard vit sa meilleure vie de second couteau de luxe. Côté américain c’est la même : Exodus, Megadeth et Anthrax auront sorti un énième album en 2026 et Slayer reste un top 10 metal de tous les temps malgré leur quatorze tournées d’adieu. Et Metallica, et bien c’est Metallica.
Le problème, c’est que Zerre se colle sur ce qui fait à peu près le succès de tous les groupes cités plus haut, dans une version crossover - comprenez trempée dans un bain punk-hardcore. Et qu’à cet endroit précis, il y a sur leur chemin le plus grand groupe de la décennie, à savoir Power Trip. Et que malgré le décès du charismatique Riley Gale en 2020, les auteurs de l’éternel “Executioner’s Tax (Swing of The Axe)” ont décidé en 2026 de reprendre le chemin de la scène et des studios. Décidément, quand on vous disait que ce Rotting On A Golden Throne avait mal calculé son moment.
La pilule est d’autant plus difficile à avaler que Zerre ne fait absolument rien de mal. Au contraire, il est plutôt extrêmement appliqué au moment de lâcher ses bombes thrash/hardcore au milieu de la foule. Quarante minutes de fièvre totale, soutenues par un rythme qui ne peut être que supersonique, remplies de breaks fiévreux et de backing vocals hurlés en gang, troquant les traditionnels coups de coudes dans la mêlée pour de la grosse échappée heavy. Probablement conscients que dans leur position tout sera jugé à la comparaison, les Allemands bombardent à l’énergie et ne s’épargnent d’aucun effort pour plaire à défaut d’innover. C’est cruel quelque part, mais c’est la dure loi du metal moderne.
A contrario, et tous les thrasheadz qui nous lisent le savent, quand un disque de thrash metal est bon, cela se sait après trente secondes. Et pour le coup, Zerre est proprement intouchable dans sa manière d’exécuter sa partition. Il y a assez de coups de semonce, assez de soli décadents, assez de refrains à beugler comme des sourds pour ne pas voir passer ces quarante minutes de gros fun métallique. Et après tout, n’est-ce pas la seule chose qu’on leur demandait en fin de compte ?