Dossier

Television Rules The Nation #31

par Nico P, le 18 mai 2026

Chaque numéro de Television Rules The Nation, ce sont quatre suggestions, qu'il s'agisse de films, de séries ou de documentaires. Et à chaque fois, un lien avec la musique, mais pas forcément avec l'actualité, le dossier se voulant d'abord être alimenté par la seule envie de partager des contenus de qualité.

Punk Girls - Histoire féminine du punk britannique

C'est un documentaire qui remet à leur place des femmes que l'histoire officielle du punk a consciencieusement ignorées, ou reléguées en fond de scène, pendant que les garçons crachaient sur les caméras. Londres, 1977. L'Angleterre se délite, et dans ce chaos, des groupes comme The Slits et The Raincoats prennent une guitare et décident que la rage n'est pas une affaire d'hommes.

Ce documentaire raconte cette histoire-là, féministe, radicale, sans compromis, avec la conviction de quelqu'un qui sait qu'elle méritait d'être racontée depuis longtemps. Ce qui frappe, c'est l'évidence, ces femmes n'étaient pas en marge du punk : elles en étaient le cœur, et leur influence sur les générations suivantes, de PJ Harvey à Sleater-Kinney, et bien au-delà, est immense, souterraine, injustement méconnue. Disponible sur Arte. Indispensable. (Nico P.)

Auto-Tune : de Cher à PNL, le Photoshop de la voix

C'est une série comme il en existe peu. Une série sur un sujet dont vous pensiez déjà tout savoir, ou pire, que vous pensiez trop bien connaître pour vous y intéresser, et qui, en six épisodes de dix minutes, vous convainc du contraire.

Auto-Tune, c'est un logiciel de correction vocale né en 1997 dans le cerveau d'un ingénieur pétrolier reconverti, Andy Hilderbrand, qui apparaît lui-même dans la série. Mais Auto-Tune : de Cher à PNL, le Photoshop de la voix, c'est surtout la question de ce qu'on fait d'un outil quand il échappe à ses créateurs. Quand il devient un instrument à part entière, un marqueur esthétique, presque une langue. Simon Clair et Corentin Coëplet font vivre un vrai débat. Philippe Manœuvre est là pour jouer les empêcheurs de tourner en rond, et se tromper comme d'habitude. En face, Lujipeka raconte s'être enregistré seul dans sa chambre avec un micro, Médine explique comment le rap a inondé les charts grâce à ces nouvelles sonorités, Mehdi Maïzi décortique comment l'outil a changé la construction même d'un morceau. La série n'oublie personne, ne réduit rien. Six épisodes, une heure à peine.

C'est court, dense, passionnant. Et la vraie réussite, c'est aussi l’ignorance, celle des artistes eux-mêmes bien incapables de savoir ce que sera l'avenir de l'outil. Cette honnêteté-là fait du bien. Jay-Z avait annoncé la mort de l'Auto-Tune en 2009. Il avait tout faux. Regardez cette série, et vous comprendrez pourquoi. (Nico P.)

L'Éruption des Red Hot Chili Peppers : Hillel, notre frère

Un documentaire creux. Vraiment creux. Pas le genre de creux qui laisse place au silence, à la méditation, le creux de la page Wikipédia qu'on a imprimée par erreur en double interligne. On survole le destin tragique d'une étoile filante, ce pauvre Hillel Slovak, guitariste brillant avalé trop tôt par la drogue. On effleure, on glisse, on esquive, trop court, trop timide, trop lisse, on devine sans mal que le montage a tout massacré, qu'on a taillé, rogné, poli pour que ce machin devienne ce qu'il n'est pas non plus, c’est-à-dire un documentaire sur les Red Hot Chili Peppers. Résultat : cela ne raconte rien, ça n'embrasse personne, ça n'engage à rien. On regarde sa montre.

Et comme à chaque fois qu'on essaie de comprendre cette machine à tubes improbable, la même question reste là, plantée au milieu du salon : comment tant de talents individuels – un bassiste extraterrestre, un batteur défoncé, un guitariste maudit, un chanteur en collants – ont-ils pu accoucher d'une telle atrocité collective, d'un tel désastre sonore, de cette horreur qui porte le nom de Red Hot Chili Peppers ? Vivement le documentaire qui saura répondre à cette question. Mais ce n’est pas non plus celui-ci. (Nico P.)

Une Histoire de la Musique d’Ascenseur – De la muzak au streaming

C’est l’histoire d’une musique qui a été conçue pour peupler les espaces vides du quotidien et rassurer les gens. Elle devait combler des silences gênants ou encourager la productivité dans les usines. L’idée était qu’une musique ennuyeuse et répétitive pouvait rendre moins rébarbatif un travail qui initialement l’était. Fonctionnelle, elle est donc l’antithèse d’une expression artistique mais a pris une place qu’on n’aurait sans doute jamais soupçonné dans nos sociétés contemporaines. Celle qu’on a défini comme la musique d’ascenseur tenait au final un rôle similaire à ce qu’avait été la musique religieuse ou militaire avant elle, un ensemble de sonorités qui ne s’écoutent pas mais encourage à un certain état d’esprit.

C’est d’ailleurs dans cette optique que dès 1948, l’industrie du disque crée le easy listening, qui se veut une sorte de continuité du lieu de travail à la maison. À cette époque, et sous l’impulsion notamment des labels Muzak ou RCA, des compilations fleurissent pour accompagner chaque tâche ou chaque moment du quotidien. Ce papier peint sonore envahira les foyers américains dans les années 60 avant de s’exporter en Europe et de donner naissance, quelques années plus tard, à la musique ambiante. Si la démarche a pu être saluée notamment avec l’album de 1978 Ambient 1 - Music For Airport de Brian Eno (œuvre née de l’expérience de l’artiste à l’aéroport de Cologne où, selon ses mots, tout était beau sauf la musique), fruit de véritables recherches et expérimentations, la réalité actuelle est toute autre.

En effet, si la musique d’ameublement des débuts était composée, certes sur cahier de charges défini, par de vrais musiciens, c’est désormais l’IA et les ghost artists qui sont responsables des mood playlists capables de générer des dizaines de millions d’écoutes. (Guigui)