Just Like Fire

E.VAX

Perfect Branch – 2026
par Nico P, le 29 juin 2026
7

Il existe une version fantôme de Just Like Fire, gorgée de samples, ambitieuse, presque trop. Elle n'existera jamais. Les ayants droits de Pulp ont tranché. Et c'est tant mieux. Evan Mast, moitié de Ratatat, producteur de l'ombre pour Kanye, Cudi ou Jay Z, connaît les rouages industriels du sample mieux que personne. La propriété intellectuelle ne négocie jamais avec l'inspiration. Plutôt que de subir cette logique, il en a fait sa méthode.

La règle est simple, presque punk dans sa radicalité : ne garder des samples que la voix, nue, arrachée à son contexte d'origine. "Lovefool" des Cardigans devient ainsi la matière de "Say", méconnaissable, mélancolique, hanté par un fantôme pop des années 90 qu'on ne reconnaît qu'à l'oreille la plus avertie. Bob Marley, Bobby Womack survivent eux aussi, dépouillés, contextualisés, presque méconnaissables. C'est moins un disque de sample qu'un disque sur la dépossession du sample.

L'autre contrainte, plus radicale encore : l'exil. Loin du studio new-yorkais, direction une chambre d'hôtel au Vietnam, guitare en main, sans filet technique. Mast l'avoue lui-même, il n'est pas assez bon guitariste pour tricher. L'amateurisme assumé devient ici un argument esthétique. "BEO", morceau d'ouverture, en est la preuve la plus convaincante : une mélodie simple, presque maladroite, qui aurait pu finir sur Magnifique sans jamais en avoir la sophistication, et c'est précisément ce qui la rend irrésistible.

Quatorze titres, quatorze départs avortés vers autre chose, et au bout du compte un disque qui ressemble moins à un projet maîtrisé qu'à une suite d'accidents heureux, validés un par un sur le toit d'un hôtel asiatique. On pourrait reprocher à Just Like Fire son absence de plan d'ensemble. On devrait plutôt saluer ce qu'il faut bien appeler une rare leçon d'humilité industrielle : parfois, c'est l'absence de contrôle qui produit l'œuvre la plus personnelle.