Liminal Shrines

Gutvoid

Profound Lore Records – 2026
par Simon, le 15 août 2026
7

C’est beau comme les apparences parfois ne sont aucunement trompeuses. Une pochette sans référence, ornementée à l’acrylique dans un décorum très lovecraftien qui évoque autant une fin du monde qu’une renaissance : ça ne peut être que du death metal doomisant, cosmique à certains endroits et à la technique probablement bien insultante. Clap de fin, c’est exactement de ça dont il s’agit ici, donc les plus fainéants peuvent quitter cette page en prenant le soin de laisser une pièce dans le panier à la sortie. Pour les autres, vous apprendrez que Gutvoid est canadien (tiens donc), que Liminal Shrines est leur deuxième album - et première partie d’un diptyque - et que les aspirants astronautes sont signés sur le très recommandable Profound Lore Records. Voilà pour la partie factuelle.

Ce que ce premier paragraphe ne dit pas par contre, c’est que Liminal Shrines est un disque à double degré de lecture en ce qu’il est toujours suffisamment bas du front dans sa partie death/doom pour être sûr de raccrocher tous les distraits au wagon à chaque fois que la machine décide de partir trop loin dans le cosmos. La chose est bien faite parce qu’elle reprend peu ou prou tous les codes qui avaient fait le succès passé du premier - et meilleur, à notre sens - album de Blood Incantation, le tout-puissant Starspawn. Une figure death un poil intello qui n’oublie pas qu’une belle pièce de viande se définit surtout par le persillage de son gras. Et si ça finit toujours par virevolter dans l’espace à un moment dans le morceau - les parties guitar hero étant souvent hors normes, à l’image des deux marathons finaux d’une douzaine de minutes chacun que sont “Lead Me Beyond The Sleeping I” et “Chasm of Displaced Soul” - Gutvoid possède dans sa besace suffisamment d’expérience pour ramener le titre sur un créneau bien jurassique à un endroit ou à un autre.

Comme vous pouvez maintenant l’imaginer, Gutvoid a toujours été surqualifié pour écrire sa musique en chapitres successifs, la bonne nouvelle étant que les Canadiens ont désormais les épaules assez larges pour les inclure dans de bonnes chansons. Du chœur en pagaille, de l’arpège qui flirte avec du riff mystique et tourmenté, du changement de rythme et de hauteur permanent qui désoriente les sens et renforce le rapport au strictement corporel dans une fresque finale…qui ressemble à son artwork. Une guerre des mondes qui se veut naturellement cinématographique et remplie à ras bord d’allers-retours narratifs. À ce niveau, ça impressionne pas mal, même là où ça aurait pu être quelque peu raboté - Gutvoid n’étant pas réputé pour prendre des raccourcis au milieu de son mysticisme permanent.

Liminal Shrines est ce pendule qui balance lourdement dans le vide, hésitant sans cesse entre le corps et l’esprit, empruntant un ton grave dans sa déclamation et chatoyant dans son déplacement. Une comète en mouvement, imposante par sa masse, intimidante dans le grondement qui la suit et remplie de signes uniquement lisibles par ceux qui décideront d’y laisser le paquet d’écoutes qu’elle mérite. Les fans de Demilich et de son Nespithe éternel se régalent, autant que les mordus de Tomb Mold ou Chthe’ilist, qui aiment selon l’envie leur prog rock horriblement physique ou leur death metal la tête dans le noir des étoiles. Une jolie réussite.