W.O.W.A.

Ghinzu

Play It Again Sam – 2026
par Nico P, le 9 juin 2026
8

Pourquoi revenir ? Que dire, qu’apporter de nouveau, dans un monde qui a bien changé comme dans une carrière qui semblait à l’arrêt ? Ghinzu, près de deux décennies après son dernier cri, peut-il encore exister, pire, s’avérer pertinent en ces temps si particuliers ? Et surtout, qu’est réellement Ghinzu en 2026 ? Un groupe nostalgique, un groupe qui s'auto-parodie, une ombre, une ambition nouvelle ?

Seize années depuis leur dernier album, une éternité à l’échelle de n’importe quel parcours, n’importe quelle trajectoire. Potentiellement un coup d’arrêt aussi, pas brutal mais diffus, à une course qui a toujours ressemblé à une succession d’obstacles. Quatre années entre le premier et le deuxième album, cinq ensuite avant la sortie de Mirror Mirror, et désormais donc, seize. En seize ans, des groupes ont le temps de se former, de signer, de publier, de se séparer, puis de se retrouver. Autant de questions, qui, finalement, ne se posent pas. Car bien au-delà de la nonchalance (évidemment apparente) de Ghinzu, de cette façon d’être, tout à la fois au-dessus des masses et à la marge des tendances et des envies d’un public étonnamment patient, c’est justement cette irrégularité qui fait la valeur du groupe. Ils jouent quand ils veulent jouer, s’expriment quand ils en ressentent, non l’envie mais le besoin, tournent sans doute parce que oui, il le faut aussi, parfois, souvent, mais jamais n’ont succombé à l’appel d’une quelconque normalité, d’une quelconque, pardonnez-nous le mot, carrière. Ce disque, ce retour, sont nés d’une réunion de famille, des membres qui un soir, après quelques bières tièdes et coupes fraîches, décident de brancher les guitares, de faire plaisir aux amis, aux oncles et aux tantes, avant de se rendre compte que peut-être, quelque chose fonctionnait encore.

Ce quatrième album sonne, paradoxalement, tout à la fois comme un best of et comme un renouveau. “Out Of Control”, rageur, efficace, est une ancienne démo, l’ouverture “When Other Worlds Await” prend son temps, dure et dure, chose peu rare dans leur discographie (prendre leur temps, nous l’aurons compris, ils savent faire). Ici, Ghinzu fait du Ghinzu, et ce n’est pas un mince exploit quand on imagine ce qu’il a fallu apprendre de nouveau, à faire corps, à faire groupe, à redevenir entité. Plus loin, pourtant, autre chose se produit, un autre groupe semble prendre forme, sans renverser la table, mais tout en douceur, en mélancolie, en classe majeure. “Apologies” est leur chef-d'œuvre, la plus belle chanson d’une carrière qui n’a pourtant jamais rechigné à faire naître les larmes (“Cold Love”, en 2009, toujours aussi dévastatrice). “Apologies” est, à l’image du disque, profondément ancrée dans le passé, cette orchestration majestueuse pouvant, sans mal, rappeler quelques glorieuses œuvres des années 60 et 70 (laissez-nous citer Burt Bacharach pour le plaisir, ou Lee Hazlewood, mais vous y trouverez ce que vous souhaitez y mettre, et soyez généreux), et en même temps, un saut vers l’avenir, un avenir forcément cabossé, dans lequel la voix de John Stargasm (grande rock star mais surtout immense chanteur) prend de l’ampleur, voire toute la place, dans lequel les guitares apprennent à se taire, dans lequel le bruit se fait cocon.

Sans doute trop long (en près de deux décennies, les disques durs débordent), forcément déceptif après tout ce temps, ce quatrième album de Ghinzu n’est ni leur meilleur (il fallait être là en 2004), ni leur moins bon. Il contient tant, trop, mais se suffit à lui-même, surtout. Un disque de Ghinzu donc, groupe majeur à la carrière foutraque, groupe dont on ne cessera jamais de se demander ce qui aurait pu être. Et impossible de décevoir, ou de trahir, quand on est Roi en son propre monde.

Le goût des autres :