Music, Fashion, Film
Charli xcx
D’aucuns affirmaient que Brat était son victory lap, mais ce n’est pas le cas. Comment le dire autrement, face à un disque qui s’affranchit de tout ce que Charli xcx avait construit auparavant, qui s’offre David Cronenberg en guest sur son dernier morceau, et qui affiche sur sa pochette — comme dans l’un de ses clips — ses muses de vieux patriarches blancs ? Plus organique, moins lisse, parfois même plus chaleureux et sensuel avec son esthétique DIY, ses riffs abrasifs et ses guitares saturées, Music, Fashion, Film ressemble à un caprice autocentré et délicieux, dans la lignée de how i'm feeling now, un de ses précédents disques conçu pour l'aider à surmonter la pandémie. Ce n’est pas un disque en rupture avec Brat, mais plutôt en décalage avec les logiques de rentabilité qu’on attend après un tel blockbuster. On ne prétend pas que Charli vient de sortir un projet radicalement expérimental qui va vous retourner la tête — on attend peut‑être le nouvel album d’Arca ou un retour du Gloupier pour ça. Mais une chose est sûre : elle n’a visiblement plus grand‑chose à faire du Billboard, si tant est qu’elle s’en soit déjà souciée un jour.
Tout au long de ce disque, portée par une esthétique plus libre et décomplexée, Charli xcx expose ses doutes — des questionnements auxquels il n’est nul besoin d’être une popstar pour s’identifier. Comme nous toustes à un moment ou un autre, elle traverse la crise de la trentaine et l’angoisse de sa propre finitude (« SS26 », « Camera », « No One Lasts Forever »). Quand ça va moins bien, elle se réfugie dans une nostalgie sucrée (« 2007 » is the new « 1999 »), ou se débat avec ses troubles de l’attachement (« I’m Afraid », « Persona »), avant de se raccrocher à ce genre d’ami sur lequel on peut toujours compter (« Magic Metal Montana », ode à sa longue bromance avec A.G. Cook). Et pour dynamiter tout ça, des morceaux comme « Card Declined », « Rock Music » ou « Wink Wink », où elle renoue avec son côté fêtard et hyper badass, équilibrent parfaitement le cocktail final en le rendant particulièrement touchant.
Music, Fashion, Film est donc peut‑être l’album idéal à écouter en voiture avec ses potes, sur le chemin du retour d’un city‑trip revigorant auquel ils ont dû vous traîner pour que vous acceptiez de venir. Le morceau « Yeah », brillante ode à l’incertitude et au changement d’avis, s’y prête d’ailleurs parfaitement. Et lorsque vous les saluez une dernière fois en pensant au lundi gris qui vous attend, l’inoxydable David Cronenberg — dont le flegme évoque ici son ami William Burroughs — vous rappelle, d’une voix grave et avec son humour pince‑sans‑rire, la vanité de notre existence et l’importance de se concentrer sur l’« ici et maintenant ». On n’a qu’une vie : autant la vivre intensément, la brûler par les deux bouts, comme Charli le fait symboliquement avec toutes les cigarettes qu’elle s’enfile dans le clip de « Rock Music ».