Boys Cry Too
The Haunted Youth
L’année 2022 aura été celle de la reprise après deux années de crise sanitaire. Une drôle de période qui avait forcé les artistes à se renouveler et à se débrouiller pour enregistrer seul.e.s dans des home studios parfois improvisés. On n’ira pas jusqu’à dire que le premier effort de The Haunted Youth, Dawn Of The Freak, a été intégralement façonné de la sorte mais il portait clairement les stigmates d’une approche bedroom. Avec des plages atmosphériques, des guitares gavées de reverb et des textes qui sentaient bon la défaite, ce premier disque était sombre mais faisait un bien fou, comme on vous le disait à l’époque. Joachim Liebens s'étant fait extrêmement discret dans l'intervalle, on ne savait pas trop à quoi s'attendre sur ce disque censé confirmer l'immense potentiel d'un projet à forte valeur émotionnelle ajoutée. Alors autant le dire tout de suite, Boys Cry Too (oui c'est un clin d'œil à The Cure) incarne à la perfection l'idée que l'on se fait souvent de ce que doit être ce que les Américains appellent le "sophomore album" : quelques évolutions certes, mais une identité qui reste intacte.
Malgré les écoutes répétées, pour ne pas dire compulsives, du disque, on ne sait toujours pas trop dans quelle case foutre The Haunted Youth malgré des points de référence qui peuvent sembler évidents (grosso modo tout ce que le post-punk a enfanté comme projets déprimants). Il faut dire que le génie de Joachim Liebens réside dans cette capacité à prendre une base mélodique qui pue la défaite et laisser la section rythmique lui mettre une déculottée qu'on n'avait pas vu venir. Et à chaque fois, tout est au bon endroit, et toutes les bonnes décisions sont prises au meilleur moment - avec un art du climax, on le précisera quand même, à l'image de « in my head » ou « falling to pieces ». Dans ce disque où la colère, la tristesse et le désespoir se livrent une bataille de tous les instants, Joachim Liebens se présente en grand architecte du chaos émotionnel, avec cette voix dont la douceur et la fragilité cachent parfois mal les ambitions - parfois légitimes, parfois démesurées - d'un projet qui avait eu droit à quelques éloges à l'international du temps de Dawn of the Freak, et qui mériterait amplement son "decent 8" ou son "7.3" chez Pitchfork s'il sortait de l'underground étasunien. Mais quand on sait qu'un groupe flamand a déjà toutes les peines du monde a trouver son public en dehors de sa zone d'influence linguistique, on imagine le petit exploit que représente une chronique dans Libé ou le NME. En attendant que le monde note l'existence de Boys Cry Too, on espère déjà que l'Europe réservera à ce disque un accueil à la hauteur de ses ambitions et de son efficacité.