Fantasia

SLIFT

Sub Pop – 2026
par Jeff, le 17 juin 2026
8

Le point le plus profond connu de la Terre est la fosse des Mariannes, située près de l’île de Guam, en plein Océan Pacifique. En son plus profond, on dépasse les 10.000 mètres, et celui qui ose s’y aventurer subit plus de 1.000 fois la pression atmosphérique ressentie à la surface. Vous faire sentir comme au fond de la fosse des Mariannes, ça a toujours semblé être le projet de SLIFT, avec une discographie aux airs de plongée en eaux profondes, là où personne ne vous entend gueuler. Un mélange de rock psychédélique, de stoner et de doom que le trio toulousain a poussé vers des sommets de perfection, jusqu’à taper dans l’œil du mythique label Sub Pop, qui n’avait plus signé de groupe français depuis les Thugs au début des années 90.

Fantasia est déjà le second album de SLIFT pour Sub Pop, mais ce qui importe dans le cas qui nous occupe, c’est qu’on est en train de se demander si ce n’est peut-être pas son meilleur – et là, forcément, si vous avez un jour écouté Ummon, cette phrase est potentiellement synonyme de cris d’orfraie. Les autres eux vont faire la connaissance d’un groupe qui semble s’être fatigué du caractère parfois inhospitalier de l’environnement dans lequel il évoluait, et s’est décidé à entamer tranquillement sa remontée à la surface histoire d’éviter un accident de décompression. Bien sûr, le groupe aime toujours quand c’est lent, lourd et long (le phénoménal morceau d’ouverture est là pour en attester), mais ces éléments constitutifs servent différemment le propos du disque, ouvrant un champ des possibles inattendu.

Tout passe alors par des compositions qui assument clairement leur efficacité, pour ne pas dire leur potentiel tubesque quand on se prend dans la tronche « The Day of Execution », morceau de bravoure heavy / psych absolument irrésistible. Cette volonté assumée de gagner en efficacité est d’autant plus remarquable qu’elle cohabite avec des ambitions conceptuelles, puisque l’auditeur évolue dans une société en proie au chaos, avec des protagonistes en quête de lumière dans un monde qui n’a que de la pénombre à proposer. Cette opposition est parfaitement incarnée par un storytelling qui joue habilement sur les cadences et les ambiances, et par un Jean Fossat dont le chant n’est plus noyé sous un déluge de fuzz ou une batterie pachydermique, et qui s’affirme comme un instrument à part entière sans lequel Fantasia ne peut exister.

Pour cette nouvelle ligne dans une discographie qui donnait jusque là dans l’irréprochable – on se doit d’en placer une pour les Belges de EXAG’ Records et les Français de Howlin’ Banana d’avoir eu un flair de chien renifleur en sortant le premier album du groupe en 2018 –, SLIFT aurait pu continuer à déambuler sur l’autoroute de ses propres certitudes, comme ont tendance à le faire trop de formations sur une scène stoner / doom qui a plus peur du changement qu’un électeur de droite. Sauf que SLIFT n’est pas un groupe comme les autres.  

Le goût des autres :