Malefic Necropolis
Sidious
En 2005, dans une région qu'on situe entre Leicester, Northampton et Peterborough, le ciel a dû s'assombrir quelques fois. Une météo d'orage qui a envahi tout ce qui surplombe la ville de Kettering, au nord-est de Londres, là où on retrouve les quatre murs de The Parlour. Dans le velours de ce studio qui a vu passer Napalm Death, Dimmu Borgir, Brujeria ou At The Gates, c'est un groupe relativement plus anonyme qui installe son matériel. Quatre vampires fraîchement débarqués de la capitale anglaise sont là, pour un quatrième album qui se devait de sonner comme le grand bal d'une carrière qui commence tout doucement à être référencée comme la nouvelle ligne de front du black londonien. Cette musique du démon qui n'a jamais vraiment rimé avec le pays du mash potatoes - outre les tout-puissants Cradle of Filth dans leur inégale discographie - mais qui retrouve avec Sidious une énergie qui n’a jamais oubliée d’être éternelle une fois jouée dans le 1% du camembert. Mais revenons-en à la météo si vous le voulez bien.
Parce que l’arrivée de ce genre de nuages noirs intensément denses ne peut être la conséquence que d’un seul phénomène musical : le riff luciférien. Lui-même, l’irrévérencieux, le défiant, le malin. Celui qui s’annonce par un changement dans l’air, souvent de manière uniquement vibratoire. Un mélange d’occultisme et de provocation blasphématoire, bien calé dans ses atours punks, qui distille un taux d’acidité parfait dans sa rythmique du démon. C’est la véritable formule de Sidious, faite pour durer mille ans, que certains pourraient identifier aux mécaniques éprouvées par les monstres que peuvent être Watain, Dark Funeral ou Marduk. Et quand la base est là, le reste suit par simple effet d'appel d'air : chant vicieux tendu comme un string, basse rebondissante mise en avant par endroits et batterie au millimètre.
Si toucher du doigt la véritable puissance du riff luciférien est quelque chose de finalement assez rare, le black mélodique de Sidious fait mentir sa généalogie toute nordique (essentiellement suédoise et norvégienne, deuxième vague du genre oblige) en flirtant avec ce que les Américains de Valdrin (ou de Imperialist dans une moindre mesure) font de mieux : le black sci-fi horrifique archi-tendu, presque militaire. Une propension à jouer un black extrêmement autoritaire dans des décors de grands champs de ruine exoplanétaires. Une impression renforcée par toutes les interludes qui immerge l’expérience dans une désolation qui tient tant de la faillite personnelle que de l’effondrement galactique. Sans toutefois pouvoir être véritablement taxé de sci-fi black metal, Malefic Necropolis prend toujours de la hauteur pour proposer une science de la ruine toute en images.
Un disque qui oscille entre l’excellent (le titanesque « Cosmossuary » ou le black’n’roll bombastic de « Crows Atop The Gallows ») et le très bien (le reste de l’album, sans forcer). Un petit album au grand cœur de la part d’un groupe qui a poussé au maximum sa science de la narration, sans jamais oublier que la distance la plus courte entre deux points consiste encore et toujours dans la ligne droite. Ça paraît simple, banal presque à certains endroits, mais à ce niveau-là (et après pas mal d’écoutes), il nous paraît difficile de ne pas s’incliner humblement devant pareil travail. Véritablement insidieux.