We Are Only Riders

The Jeffrey Lee Pierce Sessions Project

Glitterhouse Records  |  2010
8 / 10
par Romain  |  le 22 avril 2010

Si on juge la valeur d’un artiste non pas à l’émoi qu’il suscite à son départ, mais bien plutôt à la qualité des hommages rendus par la communauté des artistes elle-même, on comprend vite que Jeffrey Lee Pierce était un très grand bonhomme. Décédé de ses vices en 1996 à l’âge de 37 ans, le Californien – dont on dit qu’il mariait le charisme de Jim Morrison à la fougue nerveuse de Robert Johnson – n’a eu de cesse d’enregistrer tout au long de sa courte vie des quantités de matériel avec la même passion que ses pères. La majorité de ses reprises des grands du Delta ont fait leur chemin vers d’imposantes compilations créant par la même une discographie posthume d’intérêt majeur pour tout qui s’intéresse de près au personnage. Mais l’ambition du JLP Sessions Project n’avait rien à voir avec un quelconque souci d’exhaustivité historique. Il s’agissait au contraire de rendre un hommage à la personne d’avantage qu’au personnage, de rendre compte de l’intimité du rapport qu’il entretenait avec sa musique autrement que par un tas de raretés sans grande cohérence interne. Mais comment s’y prendre ?

C’est le hasard le plus total qui a mené à la création du JLP Project lorsque Cypress Grove trouve au printemps 2006 une cassette audio défraichie portant les initiales « JLP » au fond de son grenier. La cassette en question portait trois titres acoustiques totalement inédits, enregistré à une époque où Grove et Pierce travaillaient ensembles sur un album de country qui devait ne jamais voir le jour. Au lieu d’en ajouter la bande à l’accumulation d’archives dédiées au Gun Club, Grove décide de réunir les proches de Pierce autour de ces trois mêmes pistes dans le but de le faire revivre à travers elles. Pari risqué mais réussi, puisque c’est la fine fleur des poètes du désert et des fumeurs chroniques de Johnson sans filtres qui a répondu à l’appel. On retrouve pêle-mêle parmi les appelés : Nick Cave, Mark Lanegan, Isobel Campbell (Belle and Sebastian), la rocailleuse Lydia Lunch, Deborah Harry et Chris Stein (Blondie), les Raveonettes et les anciens du Gun Club, Kid « Congo » Powers et Dave Alvin. La place me manque, mais ils ont été une quarantaine en tout à sortir les guitares aux quatre coins du monde pour dépoussiérer le blues fumeux de Pierce !

Quelques trois années plus tard naissait We Are Only Riders et ses seize pistes de poussière et de sueur. Les différentes versions de « Ramblin’ Mind », « Constant Wainting » ou « Free to Walk » ont chacune leur grain et leur saveur propre ; elles seront grinçantes ou mélancoliques, selon l’humeur de leurs interprètes, mais aussi habitées à l’occasion par le fantôme de Pierce qui vient pousser la chansonnette ou plaquer un accord grâce aux miracles de la post-synchro ! A cela viennent s’ajouter d’autres reprises d’inédits pour boucler la boucle. Autant de choix d’enregistrement qui font de cet album une œuvre d’une sincérité et d’une densité incroyable, littéralement possédées par les talents de ses différents protagonistes, bien que la qualité des prestations ne soit pas toujours égale (Lydia Lunch, par exemple, sait être assez vrillante quand elle veut). Cependant, bien au-delà de la simple compilation, cette formule permet de laisser libre cours à la passion des proches de Pierce, la rendant tangible et essentielle. Après tout, c’est le feu qui compte ! Définitivement, We Are Only Riders est un must have pour les fondus de blues fiévreux et d’escapades nocturnes  sur autoroutes désertes !