MMXII

Killing Joke

Spinefarm  |  2012
7 / 10
par Laurent  |  le 16 mai 2012

Killing Joke est un groupe reconnaissable entre mille. Une véritable déferlante de sons que le connaisseur qualifiera de noise-punk hypnotisant. Un novice parlerait plutôt de bruit. Groupe post-punk qui officie depuis déjà 1978, son titre le plus connu de tous les quarantenaires reste l’énorme "Love Like Blood". Trait d’union entre le punk et le grunge (Nirvana avait été accusé en son temps d’avoir plagié dans "Come As You Are" le titre "Eighties"), le groupe de Jaz Coleman, illuminé égyptien parano se prenant pour le prophète de l’apocalypse a marqué pas mal d’esprits et en a choqué encore plus. Notamment avec la pochette du best of Laugh? I Nearly Bought One montrant le pape saluant les Nazis.

Mais nous nous égarons. Jaz Coleman est toujours aussi timbré, et on ne peut pas dire que ça s’arrange avec le temps. Faisant suite au métalleux Absolute Dissent, MMXII (2012 pour les incultes) et sa pochette hideuse et improbable enfonce le clou. On parle ici d'un disque qui a eu raison de trois ingénieurs du son, tant la meute Killing Joke a voulu tirer sur la corde. Bref, de la sueur et des larmes ont encore coulé, corroborant la thèse que le bon ne peut naître que par le mal.

Et pourtant, le début du disque est un peu poussif: des synthés aériens, une guitare langoureuse, une rythmique qui se traîne, et enfin le chant de Coleman qui donne plutôt dans le mélodieux. Quelque chose qui cloche? Se seraient-ils assagis? A deux minutes trente ça s’accèlere, le chant devient gueulard, les guitares stridentes, la batterie locomotive; bref, Killing Joke ne changera jamais. Et c'est tant mieux. De prime abord dans la mouvance de tous leurs albums depuis Pandemonium (tournant métalleux de leur carrière), MMXII fait partie de ces albums les moins évidents à classer tant il revisite toute une carrière. Des titres comme on les aime (ce fameux bruit hypnotisant) parsèment la galette ("Fela Camp") pendant que d’autres, comme "Rapture" ou "Corporate Elect", rappellent la période faste de Killing Joke (celle qui traîne de vieux os comme moi) qui fait que la génération X s’accroche au groupe comme des moules à un rocher.