Vol.II

Angine de Poitrine

Spectacles Bonzaï  – 2026
par Nikolaï, le 23 avril 2026
7

Il existe deux règles immuables dans le monde de la musique : les concerts de crust punk ramènent les pires odeurs que l’on puisse imaginer dans le pit et le fait que d’incompréhensibles succès gâtent à jamais des groupes autrefois chers à nos yeux. C’est bien connu : devant l’approbation des suffrages, la plupart des gens rejettent le dernier groupe tendance. Snobisme ? Élitisme ? Bon goût exceptionnel d’une poignée d’élus ? Les trois mon capitaine.

Angine de Poitrine cristallise à lui-seul ce débat. Après un passage sur KEXP, le duo batterie/guitare de rock microtonal dada-pythago-cubiste est passé d’un relatif anonymat à des millions d’écoutes sur les plateformes de streaming et des remplissages de salles comme l’Élysée Montmartre en quelques minutes. Un succès viral engloutissant tout sur son passage, y compris la moindre chance de pouvoir discuter sans se faire écharper de l’élément le plus important… la musique des Québécois. C’est aussi parce que tout a été dit sur l’album. Chaque comparaison avec King Gizzard & The Lizard Wizard période Flying Microtonal Banana a été essoré. Chaque variation des mots « fun » et « groovy » a été utilisée. CECI N’EST DONC PAS UNE CRITIQUE DU VOL.II, MAIS UNE DIARRHÉE VERBALE SUR CE QUE CE GROUPE DIT DE NOTRE CONSOMMATION COLLECTIVE DE LA MUSIQUE.

Sous peine de se faire taper les doigts par notre rédacteur en chef tatillon, écrivons tout de même quelques lignes sur l’album. N’écoutez pas les peine-à-jouir qui se plaignent de la supposée complexité d’un math rock filant la migraine. Angine de Poitrine est stupidement et étonnamment facile d’accès. Ces boucles, ces superpositions et ces morceaux instrumentaux n’ont pas besoin d’être intellectualisés pour être appréciés. Il y a une satisfaction incroyable à laisser se dissoudre les interactions entre les instruments comme des buvards d’acide. Je certifie que "Fabienk" et "Utzp" pourraient faire autant danser les gens qu’un daron dans un mariage des Hauts-de-France après le vin d’honneur. Cravate sur le crâne façon Rambo inclus.

C’est quand même vachement chouette qu’un groupe de weirdos anonymes en costumes à pois blancs et noirs et aux masques en papier mâché, aux pifs aussi longs que mon paf, soit devenu du jour au lendemain la nouvelle coqueluche de la scène alternative et semi mainstream. On ose y voir là-dedans un ras-le-bol généralisé du conformisme sonore et la capacité à grande échelle des gens à sortir de leurs bulles de confort. Mais par pitié, ne prétendons pas que ça n’a pas toujours été le cas. Après tout, les Butthole Surfers étaient signés sur une major dans les années 1990 et leur baromètre expé-zinzin était quand même bien plus affolant. Ce n’est pas nouveau mais c’est toujours réconfortant à savoir.

Alors maintenant, quelle est la suite pour l’aventure Angine de Poitrine ? La crainte de se faire dévorer tout cru par la hype et les rageux est réelle et serait réellement dommage en plus de n’être pas méritée. On pardonne bien à 80 % des groupes à guitares d’écrire le même album tout au long de leur carrière, pourquoi ne pas faire grâce aux frères Klek et Khn de Poitrine de la même chose ? Oui, la musique du duo dada peut s’avérer prévisible en utilisant des ressorts qu’on voit autant venir qu’une trahison de la gauche libérale et bourgeoise. Mais maudits soient celles et ceux qui ne dandinent pas du fiak devant leur live aussi efficace qu’une trahison de la gauche libérale et bourgeoise. Longue vie aux groupes programmés en festival à 18h devant un parterre de relous abreuvés de pintes coupées à l’eau faisant la queue leu-leu. C’est là que peut éclore l’amour et l’amitié. Finalement, Angine de Poitrine est l’équivalent musical du Tasty Crousty : omniprésence, communication agressive qui fonctionne et effet de mode probablement éphémère.