DJ-Kicks
Sofia Kourtesis
Inaugurée il y a un peu plus de 30 ans par CJ Bolland, la désormais mythique série est censée être là pour donner du sens au concept de mix, élever celui-ci au même rang qu’un album par un storytelling ou une technique – ou les deux à la fois. Et c’est peu dire que de Carl Craig à Tiga en passant par le défunt Jackmaster, elle n’aura pas volé ses lettres de noblesse. Entendons-nous bien, des mix moins marquants sont venus garnir les armoires, mais à une époque où la concurrence sur ce secteur était particulièrement rude, cela ne portait pas vraiment préjudice au concept en tant que tel. Mais en 2026, il est triste de se voir refiler un produit aussi indigent dans ses intentions que dans son exécution.
Le premier problème réside dans le choix des titres, plutôt convenu – pour ne pas dire carrément frileux. Mais sur ce point, on peut tout à fait entendre que la présence de noms comme Aphex Twin, Four Tet (son alias △▃△▓) ou Joy Anonymous suffisent à attirer le curieux – et puis qui sommes-nous pour dire qu’ils n’auraient pas leur place ici en fait ? Mais ce qui est rédhibitoire dans le DJ-Kicks de Sofia Kourtesis, c’est à peu près tout le reste. Ça commence par la technique de mix : quand elle n’est pas inexistante, les transitions semblent tellement prévisibles qu’on se dit qu’une IA aurait tout aussi bien pu s’en charger.
L’autre gros problème est le rythme, inconstant. Passée une entame de mix plus clichée qu’un gilet molletonné en école de commerce, la sélection ne parvient jamais à installer une narration, à jouer sur les cadences comme les émotions, et tout avance par petits blocs qu’on a souvent du mal à relier entre eux. Parmi ceux-ci, on voudra juste sauver celui qui constitue le cœur de sa sélection. Ça débute par un inédit délirant d’Axel Boman pour se terminer sur une poussée d’acid signée Logic100. Et puis c'est tout.
Plus proche de la playlist que du mix album, ce DJ-Kicks est une douloureuse piqûre de rappel : sous ses airs inoffensifs, l’exercice est d’une difficulté redoutable, et nécessite d’un artiste de bien identifier ses forces et ses faiblesses – c’est comme cela qu’un Erlend Øye sera parvenu à déjouer bien des pronostics sur son DJ-Kicks en 2004. Quant à Sofia Kourtesis, on ne lui en tiendra pas trop rigueur : au milieu de son mix se niche un inédit de son répertoire, « Texas Changing », et il est formidable. Bref, on va plutôt penser au prochain album qu’à ce mix rigoureusement inutile.