L'Armure

Erik Arnaud

Monopsone  |  2010
9 / 10
par Nicolas  |  le 31 mars 2010

En ce début d’année, il faut reconnaître qu’une certaine langue française n’est pas en reste. D’une part, nous avons l’ancien Innocent JP Nataf qui fait parler, et d'autre part Arnaud Fleurent-Didier qui récolte enfin les fruits d’un travail amorcé voici quelques années grâce à l’imparable "France Culture". Mais s’il ne faut retenir qu’une seule personnalité francophile au cours des trois premiers mois de 2010, notre préférence ira sans conteste à L’Armure d’Erik Arnaud, sorti sur le très confidentiel mais toujours qualitatif label Monopsone, qui nous avait fait découvrir en son temps une autre perle en français dans le texte, à savoir novö.

Inévitablement, la critique s’emploie à tout comparer aux indéboulonnables Diabologum, dont la vindicte et la noirceur restent à l’heure actuelle sans nuls autres pareils. Alors si le phrasé d’Erik Arnaud renvoie depuis trois albums à tout un pan de la chanson française, auquel il a lui-même contribué, il va sans dire qu’il s’en détache par une plume trempée dans le plus profond des cynismes. Avec un départ au triple galop sur le très frontal "Cheval", il est clair qu’Erik n’ira pas par quatre chemins tout au long de cet album. N’hésitant pas à mettre en perspective Michel Rocard et Rocco Siffredi sur un seul et même titre ("Rocco"), le Français ne baisse pas le rythme, et encore moins la garde, tout au long de ces 11 titres qui se clôturent par l’éponyme "L’Armure" et au sein desquels on retrouve une reprise des "Vies Monotones" de Manset. Superbement écrit, cet effort ne souffre pas, à l’inverse de la Reproduction d’AFD, de la prédominance d’un morceau hypertrophié sur les autres. Et cette homogénéité d’ensemble est accompagnée par l’impression tenace que cet album mériterait de faire l’objet d’un véritable exercice d’exégèse afin de décrypter toutes les subtilités et autres idées sous-jacentes aux chansons. Mais au-delà des textes, dont on situe mal l’équilibre entre second degré et portée autobiographique, la musique d’Erik Arnaud se déploie avec une fluidité rare, sous un format pop qui offre une relative légèreté à cette Armure.

Après huit années d’absence, si l’on ne tient pas compte de l’EP C’Est Pas L’Enfer sorti en fin d’année dernière, Erik Arnaud revient donc par la grande porte. Et on espère sérieusement que cet effort creusera son sillon et rencontrera son public. En tout cas, pour moi, il s’agit d’une claque monumentale. La plus grosse de ce début d’année. Et plus si affinités…