Heaven

The Walkmen

Bella Union – 2012
par Jeff, le 4 juin 2012
6

Il est des groupes pour lesquels le fan aime rentrer dans le rôle de la figure paternelle éminemment protectrice, celle qui soigne avec une attention presque démesurée la prunelle de ses yeux, fait tout pour que celle-ci grandisse sans brûler les étapes mais ne manque pas d'atteindre les sommets en bout de course. Bref, une description qui colle à merveille au fan de base The Walkmen, fidèle, câlin et convaincu que la formation mérite bien plus que 60.000 fans sur Facebook.

Et cela, il en est persuadé depuis qu'il a entendu "The Rat". C'était en 2004 et déjà, il savait que l'on tenait là l'un des meilleurs morceaux de la décennie. Il avait complètement raison. Bows + Arrows était un bon album, un peu noyé dans le revival rock/post-punk de l'époque, mais qui nous laissait déjà entrapercevoir la suite des événements, qui allait déboucher quelques années plus tard sur la sortie de deux albums indispensables, You & Me et Lisbon, symboles de tout ce que l'on aime dans le rock indépendant américain. Celui qui se plait à emprunter quelques chemins de traverse pour mieux prendre aux tripes.

En 2012, les bons pères de famille que nous sommes vont de voir se résigner: ce groupe là est arrivé à maturité, prêt à voler de ses propres ailes. Il n'y a qu'à voir les photos de presse qui accompagnent la sortie de Heaven: flanqué de leurs épouses et des mioches, Hamilton Leithauser et les siens semblent loin de cette image plutôt wock'n'woll, un peu foutraque et carrément fulgurante qu'ils renvoyaient il y a encore quelques années. Evidemment, qui sommes-nous pour critiquer un groupe qui grandit? Après, que cet état de fait ne nous empêche pas d'émettre quelques légères réserves sur ce nouvel effort. En effet, sa production a été confiée à l'éminence grise Phil Ek (Fleet Foxes, The Shins et bien d'autres encore) qui semble avoir considéré cet assagissement annoncé comme un signal clair lui enjoignant de gommer les nombreuses aspérités que l'on aimait tant sur les disques de The Walkmen. C’est carrément regrettable, tant des titres comme « Heaven », « The Love You Love » ou « Heartbreaker », déjà fabuleux dans les versions édulcorées ici présentes, n’ont plus ce petit côté ‘brûlot intello’ que l’on pouvait retrouver sur les meilleurs titres du groupe new-yorkais.

A première vue, le constat peut sembler sévère, mais c’est logique avec un groupe qui avait réussi à nous transporter avec ses séances prolongées de parachute émotionnel.  Mais qu’on ne s’y méprenne pas : Heaven n’est pas un raté total. On y trouve même d’excellents titres, de la ballade introductive « We Can’t Be Beat » à l’émouvant « Song for Leigh » en passant par les trois cavalcades mentionnées dans le paragraphe précédent. C’est juste qu’on attendait du groupe qu’il poursuive sur la lancée de ses deux précédents efforts. Qu’il fasse mieux encore. Qu’il entre dans les charts mainstream à coup de hits définitifs que même ta petite cousine de 16 ans elle kifferait grave. Il a fait un peu moins bien que prévu et évidemment, on se sent un peu déçus. Quelle bande d’ingrats on fait, n’est-ce pas ?

Le goût des autres :
8 Laurent 7 Denis 7 Maxime