Bubble Hum

Helvetikone

Digital Gadget  |  2009
8 / 10
par Simon  |  le 6 mars 2009

Certaines choses demeurent, encore aujourd’hui, incompréhensible à mes yeux : je ne parle pas de l’interdiction généralisée de fumer dans les lieux publics mais bien du manque d’exposition médiatique de certains artistes. Prenons comme exemple Helvetikone, Berlinois de son état, qui cumule tous les atouts du jeune producteur chevronné et qui parvient à peine à traverser la toile opaque qui le sépare de la reconnaissance par ses pairs, artistes et amateurs de musiques. Et pourtant il faut bien le dire, Helvetikone est de ces artistes que l’on défendrait jusqu’à la mort tant son approche du spectre électronique est excitante. C’est que le co-créateur du programme musical Renoise a des idées plein la tête, profitant de son temps pour mettre à profit sa maîtrise complète des machines.

La première minute de « Cis (Dev) » suffit à nous faire comprendre le sérieux du propos, on retrouve tout ce qui fait d’Helvetikone ce qu’il est, à savoir un croisement terriblement surprenant entre le son de Modeselektor à l’époque de son Labland (le groupe n’ayant jamais été aussi bon qu’à cette époque méconnue) et Autechre pour sa tendance à user et abuser de cette basse métallique écrasante qui faisait le charme de la période post-Confield. Non, chers lecteurs, ne voyez pas dans mes propos une quelconque ruse de chroniqueur pour vous attirer dans mes filets, le traquenard mis en place par notre Allemand est véritablement une prouesse que bien peu pouvaient imaginer. Hésitant en permanence (quand il ne combine pas les deux) entre rythmiques décalées et ambiances post-techno, tous les titres de Bubble Hum ont ceci de commun que les fondations solides et urbaines dont ils jouissent se combinent à merveille avec un sens inné de la mélodie gracile. Ainsi vous ne serez pas étonné de croiser après plusieurs minutes de beats soigneusement ordonnés une guitare pincée en embuscade, bien cachée derrière deux souffles froids et humides.

Car les ambiances ne sont pas en reste dans ce premier long format du Berlinois : sombres et bien souvent crues à faire peur, Bubble Hum regorge dans des nappes lubriques entrecoupées de râles plaintifs, de claviers à la luminosité évanescente et d’incursions acides aussi discrètes qu’indispensables. Difficile dès lors d’imaginer meilleur tableau pour un premier album à la carrure large, qui s’imposera dans le cœur des grandes oreilles sans le moindre doute. Après, il demeure que Helvetikone n’aura jamais l’aura médiatique d’un label tel qu’Ed Banger, ses œuvres ne serviront jamais à une cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques et il paraît peu probable que vous trouviez Helvetikone dans les baladeurs audio de vos petits copains, c’est un fait. Quoiqu’il en soit, si l’envie vous en prend, n’hésitez pas à jeter une oreille aux productions de ce Berlinois pour contempler la force et le talent qui réside dans ces dix titres enflammés. Qui sait, peut-être aurez-vous l’envie de mettre la main au portefeuille...