Bandit Saleté

Sofiane

Capitol Music France – 2017
par Tariq, le 14 juin 2017
6

En 2012, à propos du succès interplanétaire de Waka Flocka Flame, le magazine américain XXL titrait "Everybody Loves Waka". Cette Une, la presse française pourrait aujourd'hui la reprendre à son compte en parlant de Fianso. En quelques mois, le nom du rappeur du Blanc-Mesnil est entré dans tous les foyers. D'abord, la série de vidéos #JeSuisPasséChezSo a fait de lui la nouvelle coqueluche du rap français, le héros des cours d'école et des périphéries urbaines, le people's champ. Un café sur le périph' a fait le reste.  

Le Blanc-meslinois a accompli en quelques mois ce que certains font en une vie. Il a occupé l'espace, partout, tout le temps, donnant l'impression de passer de la cabine de prise de voix à la cellule de garde à vue en un clin d'oeil, d'une "émeute" à Aulnay-sous-bois à une émeute sur le plateau de Thierry Ardisson dans la même journée. Et cette omniprésence, Fianso la pratique également en musique : à peine trois mois après #JeSuisPasséChezSo, il est de retour avec Bandit Saleté

Et ce nouvel album est très bon. Enregistré en deux semaines, il est plus compact et plus homogène que son prédécesseur. Les bangers cognent comme il se doit (les excellents "Bandit Saleté" et "Toka"), les tubes fonctionnent ("Mon p'tit loup" et "Marion Maréchal"). Bien que "Dis Leur" et "Poto" soient effectivement calqués sur le même schéma que "Tout le monde s'en fout" (présent une nouvelle fois dans le tracklisting), ces morceaux touchent grâce à la justesse du ton de Fianso quand il s'agit de s'épancher. Mention spéciale pour le possee-cut "Le Cercle", avec la relève du rap made in 9-3.

Fianso c'est toujours la vie de rue exposée sans fards, un rap de proximité qui n'existe plus vraiment aujourd'hui et qui renvoie aux discographies de Rohff, de Salif ou de Rim-K. Le Dionysien est particulièrement habile dans la description de la violence. Personne n'aurait pu faire comme lui d'un gimmick aussi simpliste que "Allez rentre dans l'cercle/Viens t'battre", un refrain efficace. L'histoire secrète de Fianso c'est celle-ci, celle du rap de rue des années 2000, de ses héros cultes mais ignorés du grand public, de Salif, Mac Tyer ou Samat, d'ailleurs présent sur la couverture de l'album aux côtés de Sofiane. 

Si Bandit Saleté est un bon disque, il laisse pointer les premiers indices d'un potentiel plafond de verre pour le rappeur. Comme #JeSuisPasséChezSo, il est une nouvelle marche vers le sommet, il n'est pas encore l'album définitif qu'on attend de lui. Pour l'instant, le personnage fait de l'ombre à sa musique. On attend de lui l'oeuvre capable de capturer musicalement toute l'ampleur de sa personnalité débordante. Même si, en vérité,  à l'heure de YouTube, du streaming, et des refrains déclinés en milliers de snap, qui se soucie encore de la qualité des albums en 2017?