Dossier

Goûte Mes Mix # 20: Rituel

par Jeff, le 3 août 2012

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Tracklist

  1. Harry Wolfman “Don’t You Know” (Kote 2012)
  2. Patrick L & DJ Nibc Feat. Andreas Cavaco “Call Me (Mercury Remix)” (Trunkfunk 2012) 
  3. Intruder Featuring Jei “Amame (Long Ass Mix)” (Nervous 2011) 
  4. Rituel “Single Minds” (Micronautics 2012) 
  5. Masters At Work “To Be In Love (Maw 12”)” (MAW 1997)
  6. Darlyn Vlys “In Your Shoes” (ALiVE 2011) 
  7. Johnny Dynell “Jam Hot (Tensnake Remix)” (Smash Hit Music 2010) 
  8. Industry Standard “Industry Standard Vol. 1” (Satellite 1997) 
  9. Bizarre Inc “Took My Love (MK What Up Dub)” (Flying International 1992) 
  10. Benjamin Damage & Doc Daneeka “No One” (50 Weapons 2012)

On est en 2007. A l’époque, à peu près tout ce que défend le label Citizen Records de Vitalic est à suivre de très près. Et à sa sortie, Damaging Consent, l’album des Micronauts, intègre directement cette catégorie. Faisant très habilement la jonction entre électro sensuelle et techno moite, Christophe Monier sort enfin du bois après de nombreuses années passées à traîner sa science du kick dans divers projets. On pensait alors le Français parti sur sa lancée et surtout parti pour durer. Pourtant, jusqu’au relancement tout récent de son label Micronautics, le bonhomme avait tout simplement disparu de nos radars, préférant se consacrer à son travail de producteur ou d’ingé-son pour d’autres (Paris, Diplomatic Shit ou JohnLordFonda). Dommage, surtout quand on écoute son nouveau projet Rituel.

En 2012, c’est donc accompagné de Thomas Regnault, producteur hip hop converti aux musique électroniques, que nous revient ce talentueux touche-à-tout. Et cette fois, on est loin du son éminemment percussif qui avait fait la renommée des Micronauts. Rituel, c’est une déclaration d’amour aux grooves chaleureux et à la basse qui te fouette délicatement le visage. Une entreprise que Christophe nous décrit mieux que personne : « Nous nous revendiquons autant d’un certain classicisme house, deep et garage, que des dernières mutations électroniques survenues outre-Manche comme le dubstep, le post-dubstep ou la bass music. On prend le contre-pied de cette musique réac’ qui a accompagné la France des années 2000, faite de morceaux courts et superficiels, bâclés parce qu’il faut toujours avoir de l’actu, où la danse, le groove et la sensualité étaient remplacés par de la suffisance plombante et des gigotements. » En voilà deux qui savent clairement où ils vont.

Pour le moment, la seule indication que l’on peut avoir du chemin parcouru, c’est Un, maxi deux titres où house, funk et balearic se font la nique sans jamais se tirer dans les pattes. Un premier effort qui en appelle d’ailleurs d’autres, comme l’explique Christophe : « On travaille sur deux nouveaux morceaux qui constitueront notre prochain EP, Deux, prévu pour la rentrée. Leurs titres de travail sont « Africain » et « Indien ». Aucune idée si ce sont les noms définitifs. « Indien » est délicat à mettre au point car il passe de la house au dubstep avant de revenir à la house, avec deux tempos différents, 122,5 et 140 BPM. »

La question est maintenant de savoir si le groupe arrivera à se démarquer de la masse des productions (deep) house / bass music actuelles, qui connaissent un véritable regain d’intérêt depuis une paire d'année, ce qui favorise évidemment l’offre surabondante dans laquelle il devient difficile de séparer le bon grain de l’ivraie. Un constat qui fait réagir Christophe Monier : « Le système économique et la culture dominante poussent à la production à la chaîne. S’en suit un énorme bruit de fond normatif qui cache longtemps les idées nouvelles, personnelles ou disruptives. Les bons morceaux sont noyés dans la masse des ersatz de morceau. C’est une véritable plaie pour les artistes authentiques, mais ça n’a rien de nouveau. Normalement, trois professions sont censées « séparer le bon grain de l’ivraie », faire le tri avant l’auditeur final: les DJs, les directeurs artistiques et les critiques musicaux. Pas facile lorsque les labels ferment les uns après les autres faute de revenu, lorsque les journalistes en sont réduits au quasi-bénévolat, lorsqu’un nombre toujours plus réduit de DJs, les plus démagos ou les plus safe, arrivent à gagner leur vie. » Et si c’était ce réalisme cru qui permettait à Rituel d’aller un peu plus loin que les autres ?

Mais avant de profiter de son frais en provenance du duo, on lui a proposé de rythmer un petit bout de votre été avec cette sélection qui se veut chaleureuse, groovy en diable et qui témoigne d’une véritable science du mix bien amené dans le chef de nos deux suspects : « On a sélectionné des morceaux récents représentatifs de la musique que nous voulons promouvoir, à la frontière de la deep house, de la bass music et du post-dubstep, ainsi que quelques classiques que les plus jeunes de nos auditeurs ne connaissent pas forcément mais qui sonnent plus que jamais modernes et pertinents. On a ainsi mis un Masters At Work, un groupe que nous jouons beaucoup et qui est l’incarnation du garage des années 90. Il y a le Industry Standard qui est LE classique speed garage, scène qui évolua ensuite vers le 2-step et le dubstep, deux genres chers à nos cœurs. D’autre part, nous tenons à faire redécouvrir deux producteurs des années 90 qui ne sont pas forcément sur toutes les lèvres : MK et Murk. » Un mix frais, dans l'air du temps et totalement respectueux des classiques. Un mix à l'image de Rituel quoi.

http://soundcloud.com/rituel-ceremonie