Blumenfantasie

Xylitol

Planet Mu  – 2026
par Côme, le 27 avril 2026
7

Existe-t-il un genre plus muséifié que l'IDM ? C'est bien simple, depuis les années 90, le mouvement semble tourner autour de quelques têtes pensantes, avec un taux de renouvellement plus faible que celui du groupe Les Républicains au Sénat. L'idée n'est pas de négliger ou de renier ce qu'Autechre, Aphex Twin et Boards of Canada ont pu accomplir, mais il faut reconnaitre que leur talent combiné au marketing de Warp ont réussi à scléroser durablement le genre. On en a eu la preuve tout récemment avec l'annonce du prochain Boards of Canada, à grands renforts de cassettes vidéos, d'affiches cryptiques, et d'influenceurs Insta qui y vont de leur analyse d'une minute avant de se remettre à parler de Geese. Même dans ces pages, nos chroniques récentes consacrées au genre portent sur le dernier DMX Krew (en rappelant l'affiliation Rephlex / la filiation Aphex Twin) et un disque de reprises d'Autechre à la guitare. Clairement, on n'aide pas à faire avancer les choses.

Si l'encéphalogramme de l'IDM donne parfois l'impression d'être complètement plat, tout le monde ne se satisfait pas de singer le trio warpien légendaire. Un peu comme ces personnes qui ne jurent que par l'art médiéval ou qui préfèrent les collections étrusques du Vatican à la chapelle Sixtine, Catherine Backhouse n'a d'yeux que pour un unique compositeur : Mike Paradinas, alias μ-Ziq. Et c'est tout naturellement que son projet Xylitol est signé depuis son précédent disque sur le label de ce dernier, Planet Mu. Dès la folle cavalcade du morceau d'introduction de Blumenfantasie, le voyage dans les années 90 est immédiat : le drum programming est hyper efficace, les synthés sont aériens et les mélodies sont limpides. Blumenfantasie n'est cependant pas une banale copie carbone de Lunatic Harness. Le salut viendra ici de la bass music, genre qui ne s'est jamais trop encombré de ses légendes pour se focaliser sur une seule chose : usiner de l'amen break dans toutes ses modalités. Moins drill and bass / jungle que les compositions de μ-Ziq, Blumenfantasie lorgne sur tout le continuum hardcore, de la drum and bass aux breaks très Lone-ien de "Melancholia" en passant par une rapide incursion en territoire happy hardcore sur "Falling".

Tout cet étalage de boucles percussives n'empêche pas Blumenfantasie d'être incroyablement mélodique. Si les morceaux les plus rythmés regorgent déjà de bonnes idées, on ne peut surtout s'empêcher de s'arrêter sur les passages plus downtempo et mélancoliques et notamment "Mirjana", morceau d'IDM beaucoup plus traditionnel et qui n'aurait pas dépareillé sur le Lilies d'Arovane. Certes, c'est en rédigeant cette chronique qu'on se rend compte que Blumenfantasie a tendance à partir un peu dans tous les sens plutôt que de vraiment choisir un cap, et peut parfois rater sa cible sur la fin du disque. Dans un genre qui veut tellement panthéoniser ses artistes et ses créations qu'il en ressemble parfois limite à un mouroir, on ne peut que s'empêcher de vouloir saluer la démarche de Xylitol. L'IDM est peut-être toujours un musée, mais au moins quelques sales gosses courent dedans.