a short history of decay

Nothing

Run For Cover Records – 2026
par Guigui, le 8 mai 2026
5

Certains labels ont assez de crédit pour qu’on tende l’oreille à chacune de leurs sorties. Relapse Records en fait partie, et c’est précisément parce qu’il m’a rarement déçu que j'ai écouté avec toute l'attention qu'il mérite The Great Dismal, sorti en 2020. En remontant ensuite la discographie de Nothing, j'ai rapidement compris que le groupe de Domenic Palermo n’avait pas attendu son quatrième album pour convaincre. Depuis Guilty of Everything en 2014, la montée en puissance a été réelle, jusqu’à faire du groupe originaire de Phillie une valeur sûre de la scène shoegaze. Forcément, la suite était attendue. Après la parenthèse commune de 2023 avec Full of Hell (When No Birds Sang), Nothing revient avec a short history of decay, et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce nouvel album pose  énormément de questions - à commencer par celle du départ de Relapse.

La personnalité torturée de Dominic Palermo a toujours infusé sa musique, mais il s’exprimait jusque-là à travers des morceaux vaporeux et tenus par une vraie force d’aimantation. The Great Dismal en donnait un bon exemple : des textes rarement rayonnants, mais portés par une production ample, parfois euphorique dans sa noirceur. Ici, l’équilibre se dérègle. Que « never come never morning » ouvre le disque sur une simple guitare-voix ne pose pas problème ; en intro, le procédé fonctionne. Le problème, c’est quand l’album donne l’impression d’y rester bloqué. Mais ce qui inquiète vraiment, c'est la propension qu'à le groupe à frôler de plus en plus dangereusement avec l'auto-caricature. Et « cannibal world » d'être le symbole de cette dégradation qualitative : un morceau qui avait du potentiel, mais que sa rythmique drum and bass vient parasiter plus que relancer, avec une pertinence qui évoque une préparation de marathon pour une équipe de rugby. Le disque navigue alors entre poussées de shoegaze et ballades pop rock sans relief, sans urgence, sans tension.

La production n’arrange rien, au contraire. On en vient presque à se demander si le groupe a réellement eu son mot à dire dans le mixage. Quand la section rythmique déborde dans une ballade, puis disparaît précisément là où elle aurait dû soutenir le morceau, la cohérence s’effondre. Après un album aussi marquant que The Great Dismal, la comparaison était forcément risquée. Mais ici, on ne parle même plus de surpasser l’album précédent : il aurait déjà fallu en retrouver l’impact, ou au moins la tenue. Ce n’est pas le cas. Au fond, a short history of decay donne surtout l’impression d’un disque qui se cherche, s’éparpille et finit par perdre ce qui faisait la force de Nothing : sa cohésion.