HOTLIFE
Tiga
Les années 2010 auront été celles de la house et de l’EDM, tandis que les années 2020 auront été marquées par les retours en force de la trance et de la hard techno. Autrement dit, tous les DJ’s et producteurs qui ont régné sur les années 2000 n’ont eu d’autre choix que de faire le dos rond. Ce constat s’est évidemment appliqué aux anciennes têtes de gondole de l’electroclash, qui ont dû patiemment attendre qu’une nouvelle génération change d’obsession et s’empare de leur héritage pour enfin ressortir de la niche où ils végétaient. Dans un ballet parfaitement synchronisé, ancienne et nouvelle école scellent aujourd’hui une alliance de circonstance qui ramène sous les projecteurs la musique de Miss Kittin, nous fait dire que "Emerge" passe toujours crème en 2026 ou qu’il y a encore tant de choses à découvrir dans le back catalogue d’International Deejay Gigolo.
Mais il y en a un qui visiblement n’en pouvait plus d’attendre, c’est Tiga. L’éternel dandy de l’electroclash n’a jamais cessé de produire ou d’apparaître dans nos timelines, mais il le faisait avec une retenue dont on se dit aujourd’hui qu’elle était sa façon à lui d’attendre son heure, et de choisir le moment opportun pour revenir avec un album qui nous rappelle que le patron, c’est lui. Le Canadien le plus cool du monde depuis que Mac DeMarco a arrêté les conneries a choisi de s’entourer de quelques collaborateurs dont la seule lecture des noms suffit à appuyer notre propos : le disque s’ouvre sur « Hot Wife », un banger glacial d’efficacité écrit à quatre mains avec Boys Noize tandis qu’on tombe plus loin sur Fcukers, le groupe qui incarne peut-être le mieux aujourd’hui l’esprit de l’electroclash originelle transposé à la Gen Z. Ailleurs dans les crédits, on ne s’étonne pas de croiser les noms de Jesper Dahlbäck (avec qui Tiga a pensé certains de ses plus gros tubes) ou de Matthew Dear, un producteur au moins aussi élégant que lui et avec qui il a travaillé sur son précédent album - il date de 2016 et trop peu de monde l’a écouté.
Mais ne nous y trompons pas : si le casting est parfait, Tiga prend tellement de place sur HOTLIFE que ses invités ont de la difficulté à exister dans cette immense bacchanale où tout se joue et se vit à 110 %. On pourrait penser qu’un tel maximalisme ne peut plus coller à la peau d’un artiste qui vient de franchir la cinquantaine. Pourtant, ces poses excessives, ce dandysme de tous les instants et cette envie permanente de frôler avec la démesure sont des caractéristiques qui semblent magnifiées par l’expérience dont peut aujourd’hui se prévaloir le Canadien. HOTLIFE est un album gavé de tout ce qu’on adore chez lui, mais dont les coutures ne montrent pas de signes imminents d’explosion. Et puis c’est aussi un disque qui nous rappelle combien Tiga excelle dans l’art de la reprise : après « Sunglasses At Night », après « Hot in Herre », après « Louder Than A Bomb », il s’offre ici avec une réinterprétation folle du « Need You Tonight » d’INXS – il aurait été si facile de jouer sur la sensibilité de l’original, qu’il choisit ici de transformer en une énergie vicelarde magnifiée par une prod minimal tech de première classe.
Si HOTLIFE ressemble parfois à une fuite en avant, elle a pour unique but de prendre un peu d’avance sur une concurrence pour qui va sonner l’heure du réveil. Mais avec son talent habituel, Tiga nous rappelle surtout que l’electroclash mérite mieux qu’un paresseux revival porté par ses tubes d’antan, et que la bête a encore de beaux jours devant elle.