Tracer

Teengirl Fantasy

R&S  |  2012
7 / 10
par David  |  le 28 septembre 2012

Cet été, la lecture de l’énorme pavé Retromania de Simon Reynolds nous a laissés cois devant tant d’érudition musicale. Ce livre fera référence. Hautement passionnant, il questionne avec intelligence le passé de la pop music, son présent et surtout son avenir incertain. Simon Reynolds y définit le concept d’« hantologie », rencontre des mots hanté et anthologie. La pop music a tout dit ou presque. À la différence de la nostalgie, l’hantologie cristallise et donc idéalise une époque musicale qui n’a jamais réellement existé. Les groupes actuels revisitent sans cesse le passé en créant un fantasme musical où il est impossible de se référer à un artiste ou à un morceau précis. On pense par exemple à Burial, à la chillwave en général ou à Ariel Pink’s Haunted Graffiti.

Lors de notre lecture, c’est le duo new-yorkais Teengirl Fantasy qui nous est venu en premier à l’esprit pour illustrer cette théorie. En effet, leur premier single « Cheaters », en mode revival house music, nous avait séduits par cette distance et cette mise en abîme. L’album 7AM, bien qu’imparfait, s’était alors installé dans l’iPod pour quelques semaines de l’année 2010. En 2012, changement de maison de disque: Teengirl Fantasy déboule chez R&S, fameuse écurie belge porte-étendard d’une techno racée et exigeante, qui a pour rappel signé dans sa période gantoise une pléthore d’artistes devenus mythiques comme Aphex Twin, Model 500, Ken Ishi, CJ Bolland ou Jaydee. Rachetée en 2008 et dorénavant basée à Londres, la structure fait depuis confiance à James Blake, Blawan, Airhead, Bullion ou Lone.

Tracer, second album de Teengirl Fantasy sorti fin août, déroute. Exit les samples, exit le disco, au placard Ableton. Cette fois le groupe rend hommage, à sa manière, aux pionniers techno des early 90's. Le groupe reprend ainsi à son compte le concept d’hantologie et, pour éviter de nous délivrer un vulgaire facsimilé de cette période, brouille les pistes. L’utilisation de certains sons est ainsi contrebalancée par des rythmiques bien plus complexes; l’abus de flûte de pan synthétique est digéré par les basses dubstep; l’electronica côtoie les synthés 80s et et le R &B joue aux extraterrestres. Le tout nous renvoie à tout mais surtout à rien de connu. Si on ne peut taxer la musique de Teengirl Fantasy d’intellectuelle ou d’élitiste, l’écoute de Tracer reste ardue tant nos repères sont mis à mal. Niveau invités, Panda Bear d’Animal Collective participe à « Pyjama », morceau déstructuré et désaccordé, pour un résultat des plus réussis, tandis que le trop rare Romanthony vocalise et déçoit sur le mièvre « Do it », pendant vocal du bel instrumental « Eternal ». « EFX » s’essaie quant à lui à un R & B  futuriste avec Kelela au chant. Quant au single « Motif », merveille acid deep-step, il est à recommander dans sa version single pour découvrir l’incroyable remix de l’énorme Actress.

Au final, Tracer fascine par son changement de cap et interroge sur le devenir du groupe. Teengirl Fantasy ne révolutionne pas la musique mais la hante parfaitement. Et comme à Goûte mes Disques, nous sommes restés de grands enfants, on est toujours preneurs d'histoires de fantômes qui font peur.