PARTYMOBILE

PARTYNEXTDOOR

OVO Sound – 2020
par Ruben, le 17 avril 2020
5

Il n’est pas évident de grandir dans l’ombre de Drake. Le chef de file d’OVO Sound, qui a totalement dominé la dernière décennie et n’a laissé que des miettes à la concurrence, n'a jamais vraiment été enclin à partager son trône avec quiconque. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la collaboration étroite avec son protégé The Weeknd a fait long feu  et que ce dernier, malgré les appels du pied de son aîné, a préféré poser ses valises chez Republic Records dès septembre 2012 - The Weeknd ayant bien senti qu’il n’y aurait jamais de place pour deux superstars chez OVO. PARTYNEXTDOOR, quant à lui, semble être en paix avec cette inflexible hiérarchie verticale, et le fait de jouer les seconds rôles.

Contribuant activement à façonner le son OVO depuis 2013, PND jouit d’une fan-base très solide ; une communauté de fidèles qui n’hésite jamais à clamer haut et fort son mépris face au traitement indigne lui étant réservé – selon les rumeurs et quelques interviews plutôt explicites, il ne serait autorisé à sortir ses projets qu’avec l’aval de Drake, une fois que ce dernier a validé la tracklist - et a eu le temps de se réserver quelques morceaux comme ce fut le cas sur If You’re Reading This, It’s Too Late. Malgré ces restrictions quelque peu handicapantes, PND n’est pas vraiment un mec à plaindre : en tant qu’artiste OVO, il profite d’un appui conséquent, d'une machine marketing impitoyable, d’un carnet d’adresses cinq étoiles, d’un accès aux meilleurs studios d’enregistrement, et, accessoirement, d’un compte en banque plutôt bien fourni. Rien ne pouvait donc laisser présager que son troisième album studio serait bien inférieur aux deux précédents.  

Et pourtant, malgré des débuts prometteurs – il faut citer le sympathique « THE NEWS » - , PND nous ressort trop rapidement les vieux schémas de jeu. Plus têtu qu'un joggeur en période de confinement, le Canadien nous balance pas moins de cinq pistes en mode dancehall/afro-beat, qui auraient pu paraître originales il y a cinq ans, mais qui sentent beaucoup trop le réchauffé en 2020. En parallèle, il faut également digérer quelques faux pas inexplicables et plutôt dérangeants, comme « SHOWING YOU », morceau sur lequel les producteurs semblent avoir oublié l’existence de kicks et de snares ; un choix curieux qui finit par complètement balayer l’excitation initiale insufflée par cet incroyable petit sample de flute, qui présageait pourtant le meilleur. Fatalement, c’est toute l’instru qui nous parait soudainement vide et gâchée, alors que la plupart des ingrédients semblaient réunis pour concocter un sympathique single à succès, ce qui aurait permis à PARTYMOBILE de se propulser dans une tout autre dimension. Car soyons honnêtes, seuls les titres avec Drake et Rihanna permettront à PND de se faufiler dans les playlists les plus convoitées ('Rap Caviar', 'Are & Be' ou encore 'Most Necessary' sur Spotify). Cela dit, mise à part leur notoriété, la valeur ajoutée des deux uniques invités du disque s’approche du néant : « LOYAL » est clairement la collaboration la moins aboutie entre les deux compères d’OVO tandis que, sur « BELIEVE IT », Riri se contente de marmonner trois syllabes, comme elle sait si bien le faire.  

Fort heureusement, le dernier tiers de l'album va permettre à PARTYMOBILE de passer le crash-test. De « NEVER AGAIN » à « SAVAGE ANTHEM », on finit enfin par retrouver l'univers fumeux et tourbillonnant de l’interprète de « Break From Toronto ». On parle ici de ces titres que t’écoutes seul, et qui finissent par te donner envie de rappeler ton ex à 1h du matin. C’est plus particulièrement le cas avec l'incroyable « SAVAGE ANTHEM » qui, par ses lignes de basses mielleuses, ses lamentations autotunées et ses textes intimes dévoilant explicitement sa relation toxique avec la chanteuse Kehlani, permet de boucler l’album par un magnifique feu d’artifice où s'entrechoquent infidélités destructrices et désirs charnels insatiables ; un bouquet final qui, malheureusement, intervient beaucoup trop tard pour espérer balayer la médiocrité de ce qui précède. Car, en étant bien trop prévisible – le disque allait évidemment virer dancehall à un moment donné -  et pas assez novateur – il n’y aucun élément qui différencie ce projet de son prédécesseur P3 -, PARTYMOBILE est un album frustrant et imparfait, qui nous confirme surtout qu'on est encore loin d'assister à un chamboulement dans la hiérarchie au sein d’OVO Sound.