Credo

The Human League

Wall of Sound  |  2011
2 / 10
par Serge  |  le 7 avril 2011

Pour accompagner la sortie de Credo, le nouvel album de The Human League, le premier depuis le flop de Secrets en 2001, un petit malin, peut-être le chanteur en personne, a résumé l'évolution des influences du groupe comme suit : Bowie, Roxy et Kraftwerk aux débuts, plus tard Chic, Donna Summer et Michael Jackson et là, maintenant, Lady Gaga, Usher et Girls Aloud !!! Démarche donc clairement revendiquée, voilà que le groupe britannique qui passe toujours pour l'inventeur de la synth-pop aux yeux du grand public se lance en 2011 dans l'eurodance batarde, la tentative de tube autotuné et la mélasse pop la plus pute.

On peut avancer que ce n'est pas franchement nouveau non plus, The Human League étant un autre de ces groupes qui aurait pu figurer dans notre dossier « Non mais allez quoi », puisque ayant débuté dans le radicalisme synthétique le plus abscon, explosé dans une pop restée honorable même à l'arrivée des guitares et vivant depuis 20 ans de la revente d'une soupe à gros grumeaux plutôt indigne, malgré le cash flow généralement assuré. Il faut aussi souligner que depuis tout ce temps (les débuts datent de 1977), ce n'est plus tout à fait le même groupe : tous les nerds de l'électronique s'en sont allés et ne restent que le chanteur et les deux choristes, quant à elles déjà décrétées reines des tartes dès 1981, quand The Human League était passé de la noirceur d'un "Being Boiled" mitonné par une bande de mecs versés dans l'utopie des machines à la pop grand public de l'album Dare, celui avec "Love Action" dessus et, surtout," Don't You Want Me, Baby, don't you want me, ho-ho-ho-hoooo"...

Une collection de divergences artistiques plus tard, The Human League n'était donc plus qu'un trio, composé de Phil Oakey, Susan Sulley et Joanne Catherall. Bref, depuis 1990, dans The Human League, il n'y a plus aucun membre fixe pour savoir composer ou jouer de la musique et celle-ci serait de fait à chaque fois mitonnée par des mercenaires de passage, des requins de studio, des adeptes du « et pour la TVA, on peut s'arranger ». Pour cette livraison 2011, la rumeur parle d'un jeune dj, on ne sait pas lequel et on s'en fout. Credo n'a en effet aucun intérêt, aucune flamme. L'album pourrait être celui d'un gigolo moscovite tentant l'Eurovision, une blague de Sacha Baron Cohen ou un truc wallon enregistré pour Chris Corner et finalement refilé au voisin du bas de la rue pour ne pas devoir rendre les subsides. C'est de la prestation tarifée, expédiée, juste bonne à nourrir les zombies (programmateurs de radios commerciales, patrons de labels, journalistes musicaux de la presse féminine...). C'est tellement détaché de toute implication, de toute passion, que même la signature vocale se reconnaît à peine, à force de corrections informatiques, ce qui est assez con puisqu'il reste en fait plein de choses à faire avec les timbres et les façons de chanter du trio. Pour rappel, The Future Will Come, l'album de The Juan Mc Lean sorti sur DFA en 2009, proposait du groupe un pastiche discoïde pas tout à fait réussi mais non sans idées à creuser. The Human League chez DFA, avec Shit Robot et Juan Mc Lean derrière, voilà qui marquerait effectivement le retour d'un début d'excitation vraie de la part d'un public autre que l'enclos de veaux marins visé par leurs présentes démarches commerciales. Sauf qu'eux rêvent évidemment probablement de David Guetta....

Le goût des autres :