Hybris Divina
Oraculum
Il aura donc fallu douze ans pour qu'on l'ait enfin, ce premier album d'Oraculum. L'histoire est commune, celle du groupe qui disparaît entre une série de EP's, jusqu'à s'évanouir dans la nature. Jusqu'au premier album tant attendu. Si l'eau a pas mal coulé sous les ponts depuis Sorcery of The Damned en 2014, ce premier coup de semonce montrait un groupe très capable en matière de metal, qui laissait clairement entrevoir un embryon de facteur x - au-delà du bonheur de s'envoyer de la mort auditive en version culte véritable. Si le thème anticlérical était voué à rester, les choses sérieuses ont commencé à se poser avec l'arrivée trois ans plus tard de Always Higher, quatre titres (dont une très furieuse reprise du « Sphinx » de Poison) qui élevaient le groupe chilien au rang de formation à surveiller de près. Puis, le silence, comme d'habitude avec eux.
Ce n'est que plus de huit ans plus tard qu'on peut enfin s'envoyer Hybris Divina, contempler ce boule qui chamboule en guise de pochette – confirmant avant même la première écoute que les convictions anti-religieuses d'Oraculum n'ont pas bougé d'un poil – et se dire que ça valait le coup d'attendre. Sans vraiment prévenir, Hybris Divina débarque dans nos vies avec un savoir-faire et une soif de vaincre qu'on voudrait bien laisser en dehors du traditionnel tracé de l'arbre généalogique qui a amené la bande de Conqueror of Fears à faire ce genre de death metal old-school. On peut évidemment identifier la filiation quelque part entre Death et Morbid Angel, mais pour être très franc, il y a ici trop de vigueur death, de technique mise au service du dynamisme et de breaks calés au millimètre pour jouer les paléontologues.
Même dans ses relatifs moments faibles, Oraculum peut compter sur un argument de poids : un Scourge of God titanesque au chant, invoquant avec la gorge toujours bien ouverte vers le ciel. Un mélange de tristesse et de colère qui sonne comme une version pas si éloignée de Bölzer, la frange psychédélique du timbre en moins. Et quand ça marche à plein tubes, ça donne des « Spiritual Virility » en forme de véritable standard OSDM, déterminé dans sa capacité à envoyer de la bûche avec une bestiale intelligence. Trêve de causeries : Hybris Divina est ce disque de death à écouter immanquablement, dépassant de loin toutes les attentes qu'on avait pu placer dans le groupe il y a de cela douze ans. Dire que ça valait le coup tient de l'euphémisme.