Welcome to the Welcome Wagon

The Welcome Wagon

Asthmatic Kitty  |  2008
6 / 10
par Julien  |  le 29 mai 2009

Nous serons les premiers, sur Goute Mes Disques, à ne pas donner notre bénédiction à The Welcome Wagon. Le pitch est excitant, bien évidemment : un révérend et sa femme chantent l'union du mariage et l'amour de Dieu. Ils arrivent avec leur culture religieuse et mettent les deux pieds dans le plat de la pop music – pop-folk, reprise des Smiths et du Velvet. Sachant que le duo est parrainé de près par Sufjan Stevens, tout est réuni pour aboutir à quelque chose de sublime. C'est d'ailleurs ce qu'affirment nombre d'autres webzines ; Welcome to the Welcom Wagon est magnifique, une nouvelle preuve du génie de son jeune producteur.

Pourquoi ne nous rangeons-nous pas derrière cet applaudissement unanime ? Parce qu'il y a des réserves à émettre, et qu'elles apparaissent comme suffisamment envahissantes pour ne finalement apprécier l'album que modérément. Il commence pourtant sur les chapeaux de roue : les coeurs d'"Up On a Mountain" et la guitare très Santana de "Sold To the Nice Rich Man" emportent haut la main le bout de gras. C'est après que la sauce tourne mal. L'efficacité mélodique s'effondre, et c'est l'occasion pour nous de poser une question très simple : où se situent dans tout ça Vito Aiuto et son épouse ? On cherche bien, on trouve les textes et au mieux quelques influences gospel très sporadiques. En fait Stevens phagocyte complètement l'identité possible de ce duo. Très vite on sature de ses sufjâneries habituelles – banjo régressif, cuivres mal utilisés et batterie de cirque. C'est la même chose que ce qu'on entend de lui depuis des années, qu'il nous a fait avaler des centaines de fois (et on exagère pas vu l'incapacité du bonhomme à trier ses morceaux pour ne sortir que les meilleurs). On est gavés. Seules les deux reprises "Half A Person" et "Jesus" s'apprécient à leur juste valeur : écrites par  Morrissey et Lou Reed, elles gardent des mélodies inviolables que Sufjan ne peut s'approprier. Face à cet impossible, quelque chose se passe enfin. Les arrangements prennent de la densité et de l'ampleur. Et on se met à regretter dur cette vampirisation du Petit Prince, puisque c'est quand il s'efface que the Welcome Wagon prend enfin son envol (la vertigineuse partie instrumentale de "I Am a Stranger").

Nous nous mettons donc dans l'esprit d'un vote sanction. Welcome To The Welcome Wagon n'est évidemment pas un disque horrible, mais il a besoin d'une piqûre de rappel. Un peu de remise en question, que diable ! Ce qui aurait pu être un grand disque hybride ne ressemble finalement qu'à un autre disque de Sufjan Stevens, pas mal mais très souvent routinier. On espère que c'est la dernière fois qu'on aura à écrire cela – mon petit doigt me dit que c'est le cas, mon petit doigt ou les deux titres monstrueux parus sur la récente compilation Dark Was The Night.