The Magic Whip

Blur

Parlophone  |  2015
7 / 10
par Amaury L  |  le 3 mai 2015

Quand on lit les kilomètres de "critiques" obsessivement objectives qui ont été pondues à propos de ce nouvel album de Blur, on a l'impression:

a) que c'est surtout le retour du groupe qui est bien coté et non la musique qu'il propose;
b) que la "modernité" des chansons qui le compose prévaut sur leurs effets psychosomatiques;
c) que si Damon Albarn chantait la pub pour les cuisines Ixina, on pourrait observer le même consensus critique dans la presse contemporaine.

Cette dernière remarque est surtout adressée aux gens qui déifient Albarn et sa bande en faisant totalement abstraction du fait que cet "album du retour" relève de la contingence la plus pure. Et ouais, The Magic Whip est un foutu accident : si Blur ne s'était pas retrouvé coincé à Hong Kong pendant cinq jours à cause de l'annulation d'un festival auquel ils étaient censés participer, cet album n'aurait peut-être jamais vu le jour. C'est beau, c'est marrant, c'est tout ce que vous voulez. Mais ce qui pousse la contingence de ce disque à son extrême paroxysme c'est qu'une bonne partie de la musique qu'elle contient n'est pas nécessaire non plus. Autrement dit, l'album ne recèle pas de perle rare, de capsule de grâce intemporelle. C'est un chien qui aboie et une douzaine de caravanes qui passent. Certaines plus colorées que d'autres, certes, mais toujours inscrites dans la dynamique inexorable de la mélancolie, concept qu'Albarn personnifie impeccablement depuis son premier album solo. Et ça n'est pas nécessairement un gage de fadeur selon moi. Mais de là à appeler ça un "comeback artistique inespéré", faut pas déconner hein non mais oh.

Toutefois, j'aime l'idée que ces types soient des humains qui habitent la même planète que nous. J'aime imaginer Albarn et Coxon en train de se disputer sur le placement des cordes sur "There Are Too Many of Us", titre passablement naze mais qui a le mérite de suggérer que la surpopulation d'Hong Kong peut avoir une influence sur les choix artistiques d'un des plus grands groupes des années 90. Par dessus tout, j'aime la synergie du Blur 2.0 et la capacité du groupe à se réinventer 12 ans après son dernier album en insérant des bidouillages électroniques - majoritairement pertinents - dans la plupart de ses nouveaux morceaux. Cela a pour effet immédiat de nous pousser à revoir notre théorie sur la bonne pop music, ce qui n'est certainement pas le cas du dernier album de Noel Gallagher qui propose la même formule depuis 1998 tout en s'appliquant d'années en années à en évacuer l'essence. Mais ontologiquement parlant, est-ce que la bonne pop music doit s'adresser à l'esprit ou aux jambes ? C'est le débat qui divisera toujours les mélomanes engagés, et je pense que l'examen des mélodies peut nous apporter des éléments de réponse.

A ce niveau là, The Magic Whip est un album globalement passif: c'est nous qui devons aller creuser dans ces mélodies, les ingérer, les digérer et en comprendre les enjeux. Pour certains, c'est l'antithèse parfaite de ce que doit être la pop. Pour d'autres, c'est son essence même. Et ici, on a justement de quoi illustrer ces deux visions du monde. Prenez "I Broadcast", "The Lonesome Street" et "Ice Cream Man": ce sont de purs morceaux bluresques à la force mnémonique immédiate. Mais tapez vous maintenant "New World Towers", "Pyongyang", "Thought I Was a Spaceman" ou encore "Mirrorball", soit autant de délires égotiques, nébuleux et cryptiques qui redéfinissent les contours de Blur, entité protéiforme s'il en est... au risque de faire chier les fans de l'hilarante et extatique "Country House", du cool et détendu "Beetlebum" ou de l'hymne naïf  "Tender".

En fin de compte, qui peut reprocher à Blur de s'être éclaté en studio pendant ces cinq jours à Hong Kong ? Certainement pas nous. Mais il est certain que si The Magic Whip se trouve être le dernier album du groupe, il en constituerait un épilogue qualitativement modéré comparé au reste de sa production, qui elle, résonnera dans l'inconscient collectif jusqu'à la fin de ce siècle. Enfin, je pense.

Le goût des autres :

note : 77/10Amaury note : 77/10Maxime note : 77/10Yann