The Cut Off

Perc

Perc Trax – 2024
par Bastien, le 10 avril 2024
6

Un soir de novembre 2014, c'est une canette de Jupiler dans une main et une grosse poignée de Hula Hoops dans l'autre que je découvre la très brutale compilation Slowly Exploding (10 Years Of Perc Trax 2004-2014). Un gros condensé de techno abrasive avec à la baguette un certain Perc, Ali Wells dans le civil. Onze titres qui cimenteront l'influence du label Perc Trax dans le revival de la techno britannique du milieu des années 2010, et un casting façon Ac Milan saison 2005/2006 (Bas Mooy, Ansome, I Hate Models, Manni Dee et bien d'autres. Dix ans plus tard, c'est dans la fraîcheur d'une matinée du mois de mars, au pied d'une chaîne d'embouteillage bruyante que je lance The Cut Off, nouvelle livraison du Britannique sur son label. Des contextes d'écoute radicalement opposés mais une musique qui sied à merveille à chacune de ces situations, avec d'un coté la teuf et ses excès, et de l'autre la machine et son aliénation. Une étrange expérience qui n'a fait que ramener la musique techno à son berceau, au milieu du bruit et de la répétition inlassable des mouvements mécaniques.

Une heure et 2.000 bouteilles plus tard, les kicks industriels de Perc cessent soudainement pour laisser place au brouhaha des machines et au tintement des bouteilles qui s'entrechoquent. Privé du rythme frontal de la techno d'Ali Wells dans mes oreilles, la fatigue se fait soudainement ressentir. Simple coup de pompe ? Peut-être, mais cet éreintement est d'abord et avant tout celui d'un album qui laisse littéralement sur les rotules. Car se manger un tel déferlement de noirceur, d'oppression et d'énergie techno avec 10 ans de plus au compteur n'a plus tout à fait la même saveur. Le constat paraît terrible et implacable mais il faut bien s'y résoudre : me voilà " too old for this shit ". Une sentence qui n'enlève heureusement rien à la qualité intrinsèque d'un disque qui marque la centième sortie du label de cet artisan inlassable de la techno made in UK. De l'ambiance suffocante de "Milk Snatchers Return", à la précision acid de "Cold Snap" en passant par les distorsions noise de "UK Style", Ali Wells passe en revue tout un pan de l'histoire de la musique british qui met des tartes - on pense bien sûr à Throbbing Gristle, à Karl O'Connor (Regis) ou à Anthony Child (Surgeon). Après toutes ces années on ne peut que saluer la constance de Perc, lui qui continue de nous sortir des plaques pensées pour retourner n'importe quel dancefloor de la planète dans une ambiance aussi gaie qu'un tea time avec Margaret Thatcher. Et à titre tout personnel, j'espère franchement que ma prochaine rencontre avec Ali Wells se fera dans la chaleur d'un club plutôt que face à la froideur d'une foutue machine.

Le goût des autres :