Strangers

Ed Harcourt

EMI – 2004
par Popop, le 21 février 2004
7

Il est parfois curieux de voir l’évolution du battage médiatique autour d’un artiste. Prenons Ed Harcourt, attendu comme le messie après la parution du maxi Maplewood en 2000 puis proclamé 'fils spirituel de Jeff Buckley' sur la seule foi de l’album Here Be Monsters : le voilà qui sort en l’espace de 18 mois deux albums hautement inspirés mais curieusement ignorés par ceux qui l’encensaient autrefois. Pourtant, l’univers du songwriter n’a guère changé depuis ses débuts, si ce n’est que les chemins choisis par ses comptines se révèlent au fil des disques plus torturés qu’on aurait pu l’imaginer de prime abord. Ici ou là, à travers "The Trapdoor", dérive claustrophobique et acoustique, ou "Something To Live For", mené par un orgue miteux, on sent le jeune homme laisser échapper certaines bribes plus obscures de sa personnalité.

Pour autant, ce troisième disque repose essentiellement sur ce qui a fait jusqu’ici la force d’Ed Harcourt, à savoir des chansons simples et décomplexées, brassant pop ("Born In The 70’s", autobiographique et délicieusement kitsch) et folk ("This One’s For You", premier single curieusement adoubé par un Noel Gallagher que l’on a connu moins inspiré). Si le tape-à-l’œil des premiers singles a été remisé en faveur d’une approche plus épurée, le britannique se permet quelques écarts maîtrisés, au gré de quelques cordes ("Let Love Not Weigh Me Down") ou de quelques guitares plus électriques et soulignées qu’à l’accoutumée ("The Storm Is Coming"). Au fond, on sent bien que la hype des premiers jours a fait plus de mal que de bien à Ed Harcourt en termes d’image et d’attente de la part du public. Mais en même temps, ce jeune virtuose du piano a préféré aller à contre-courant, quitte à perdre quelques fans au passage, pour se réinventer en troubadour moderne, perdu quelque part entre la préciosité d’un Rufus Wainwright et l’excentricité d’un Ben Folds, la touche british en plus. Et que cela le condamne à rester dans l’ombre comme nombre de ses contemporains, nourris d’un succès d’estime (et parfois critique), ne fait que renforcer le sentiment que le choix fait a été le bon. Aussi cruel ce constat soit-il.

Le goût des autres :
7 Julien 8 Splinter