Stolen from Strangers

Jun Miyake

Video Arts  |  2008
8 / 10
par Julien  |  le 9 décembre 2008

L'un des effets positifs de la mondialisation réside, à n'en pas douter, dans la facilitation des rencontres culturelles. La perméabilité des frontières artistiques est un fait : le grand métissage est devenu une bonne fois pour toutes une réalité au coeur de la création musicale. C'est dans un chaudron mondial que chacun prend désormais ses marques, dans une grosse marmite où tous les folklores se côtoient, toutes les traditions et toutes les histoires. Il n'y a plus à être un aventurier – chapeau sur la tête, flingue à la main – pour aller à la connaissance des quatre coins du globe. Le revers de la médaille, on le connaît déjà : exotisme facile, compils world-lounge surnaturelles, disparition des spécificités ethniques... Le décentrage et l'humilité sont des conditions sine qua non d'un emprunt respectueux et intelligent. Le multi-instrumentiste Jun Miyake les possède, comme il possède cet indispensable regard curieux et attentif, voyageur mais pas colonialiste. Éduqué au jazz, dans un amour fusionnel à lui, il a appris, un soir de traumatisme, qu'il n'y avait qu'une chose à faire, aller voir ailleurs. Ce soir-là, c'est à un concert de Miles Davis qu'il assistait, et il a eu si j'ose dire le privilège – ce n'est pas donné à tout le monde ! – de voir le Maître fatigué, se répéter, tourner en rond. Dès lors il a cumulé les amours printaniers, à tous les points de la mappemonde, insatiable dans son désir de trouver de nouveaux paradis perdus.

Stolen From Strangers est comme un carnet de voyages, dont les trois destinations favorites ont été l'Amérique – le Jazz, la musique de films, le Brésil – la sublime Bossa de João Gilberto – et la France – Ferré et Gainsbourg en tête. On retrouve partout disséminées les traces d'escapades plus courtes, un peu de Moyen-Orient, des coeurs bulgares, quelques effluves électroniques d'on ne sait où. Les langues et les instruments se mêlent sans jamais faire dans la carte postale, car Jun Miyake n'est pas un touriste, c'est un nomade. Et à chaque escale il collabore avec les autochtones, parmi lesquels Arthur H, le génial Arto Lindsay, Vinicius Cantuária ou Dhafer Youssef.

Stolen From Strangers, donc, est un disque sans géographie, le compte-rendu d'un musicien itinérant qui ne froisse aucun totem et se tait devant ses interlocuteurs. De quoi en oublier que Jun Miyake est Japonais.