Sound Kapital

Handsome Furs

Sub Pop Records  |  2011
8 / 10
par Gwen  |  le 20 août 2011

Dan Boeckner et Alexei Perry forme un couple qui n’a (littéralement) pas froid aux miches. Wolf Parade ayant été officiellement cryogénisé pour une période indéterminée, le cerveau droit du groupe et sa dulcinée s’acharnent à donner de l’ampleur à leur créature mi-homme mi-synthé dont la dernière carte de visite, Face Control, nous démontrait déjà qu’ils en avaient sous le capot. A l’époque, nos Bonnie & Clyde avaient infusé dans leur musique leurs impressions d’un périple dans ce qu’il reste de l’Union Soviétique, ses espoirs, sa mélancolie et ses destins boiteux. Empaquetant quelques sous-vêtements propres et l’essentiel de leurs instruments, ceux-ci s’envolent cette fois vers l’Asie, avec une attention particulière portée à la Birmanie, contrée où il ne fait pas bon commander une bière fraîche et un peu  de liberté. En prêtant main forte à un groupe punk local, ils deviennent les témoins d’une culture qui se développe dans l’angoisse perpétuelle de la délation. De quoi confirmer que leur Québec natal est tout de même vachement plus indulgent lorsqu’on a des envies de quéquette à l’air. Après quelques semaines, le duo se décide à rentrer au pays avec de la matière sonore à foison et les idées bien remises en place.

Loin de plomber leur nouvel album par cette expérience éprouvante, Dan et Alexei choisissent l’exorcisme par la danse. Lorsque certains supplient les bonnes gens de s’intéresser aux problèmes de ce monde à grand renfort d’hymnes pleurnichards, les Montréalais vous enfoncent directement un beat dans le tibia. Aucun misérabilisme, aucune culpabilité gluante. Ils n’en veulent pas à votre portefeuille mais à vos tripes, à vif sur le dancefloor. La guitare fait profil bas pour céder le passage à des boîtes à rythme hargneuses qui ramènent les eighties dans le droit chemin. D’une remarquable simplicité, les morceaux sentent la pop et goûtent le souffre. Une efficacité mélodique qui permet à la voix âpre de Boeckner de donner de la poigne à des textes graves mais pas ronflants. Si la protest-song a négocié des fins de mois difficiles depuis quelques décennies, des chansons telles que "Serve The People" ou "Cheap Music" lui offrent sérieusement de quoi mettre du beurre dans les épinards…

Il nous faudra bien admettre que Sound Kapital n’invente rien. En revanche, il exploite au mieux ses ressources, telle une turbine qui extrait l’énergie du cri primal et du synthé binaire. Sans aucun doute la meilleure façon de danser moins con.