Push Barman To Open Old Wounds

Belle & Sebastian

Jeepster  |  2005
10 / 10
par Popop  |  le 15 février 2005

Quoi de plus simple que le principe de cette compilation ? Regrouper en deux disques, et de manière chronologique, les 25 titres des maxis publiés par Belle And Sebastian entre 1997 et 2001 sur le label Jeepster. En apparence, une bonne occasion pour le label de faire plaisir aux fans et de thésauriser un peu plus sur le groupe, parti depuis chez Rough Trade. Les autres (amateurs passagers, réfractaires historiques, fainéants, ignorants…) pourraient donc allègrement passer leur chemin s'il ne s’agissait pas là, au final, du meilleur disque de la carrière des Ecossais. Car pour ceux qui l’ignoreraient, les maxis de Belle And Sebastian ont toujours été de véritables mines d’or, composés uniquement de titres inédits (à l’exception d’une version alternative de "The State I Am In") bien souvent supérieurs à ceux présents sur les disques du groupe. Mis bout à bout, voilà un condensé parfait du petit livre de la pop selon Stuart Murdoch.

Le premier disque regroupe les trois mythiques EPs de 1997, venus tour à tour rajouter un peu d’eau au moulin de la rumeur apparue avec If You’re Feeling Sinister - seul témoignage du génie des Ecossais à l’époque puisque Tigermilk ne fut réédité qu’en 1999. Dès l’inaugurateur "Dog On Wheels", fortement inspiré du "Summer Wine" de Nancy Sinatra & Lee Hazlewood, on replonge instantanément dans l’univers ouaté et délicieusement fragile du groupe, mené par la voix fébrile de son leader poids-plume et tyrannique. Tour à tour désabusée ("A Century Of Fakers"), revendicative ("Lazy Line Painter Jane", en duo avec Monica Queen), mariant rock et country ("Le Pastie de la Bourgeoisie", titre le plus speedé du groupe, avec sa charmante faute de français) ou piano et électro ("You Made Me Forget My Dreams"), la musique de Stuart Murdoch fascine par tant de facilité mais surtout attendrit, fait rire, pleurer, vibre… vit.

Lorsque commence le second disque, en 1998, le leader de Belle And Sebastian a déjà commencé à lâcher les rennes du groupe. Stevie Jackson et Isobel Campbell prennent plus fréquemment le relais au chant, avec plus ou moins de bonheur, et les compositions tâtonnent dans plusieurs directions : la pop des grands espaces sur "I’m Waking Up To Us", les swinging 60’s sur "Legal Man", la country western sur "The Loneliness Of A Middle Distance Runner"… Et même en équilibre, même avec des frictions internes, des départs imminents, des querelles d’ego, le groupe s’en sort toujours avec une merveilleuse pirouette mélodique, au pire assurant le minimum syndical, au mieux réalisant encore un coup d’éclat. Aujourd'hui, après quelques disques en demi-teinte (Fold You Hands, Child…, Storytelling) et deux départs dans le groupe, Murdoch a repris son rôle de chef d’orchestre despotique. En 1998 , il écrivait pourtant : « This is just a modern rock song, this is just a sorry lament. We’re four boys in our corduroys. We’re not terrific but we’re competent ». Mais laissait chanter cette tirade empreinte de modestie par un autre. Toute l’histoire d’un ego surdimensionné servi par un caractère timide et un talent insolent. L’un des auteurs-compositeurs les plus doués de sa génération. En voici la preuve définitive.