Primitive and Deadly

Earth

Southern Lord  |  2014
8 / 10
par Michael  |  le 15 septembre 2014

Le fan détaché. Tu en connais forcément un. Oui, celui qui suit le groupe depuis son premier split EP sorti sur un label hollandais avec un groupe de post-hardcore lituanien à qui Converge a tout pompé. Tu vois ? Celui qui, depuis que le groupe est passé des chroniques en deux paragraphes dans un fanzine à celles en deux paragraphes - toujours - dans Télérama, n’achète plus les albums parce que ça serait con de se retrouver à devoir inviter ses voisins à l’apéro et découvrir que vous avez le même disque dans vos putains d’étagères IKEA - parce que oui, faut pas croire, lui aussi il va chez IKEA. Ça serait la honte et ça ferait un sujet de conversation qui, d’un malaise larvé s’acheminerait immanquablement vers une dénégation du type : « Ouais en fait c’est la nièce de ma copine qui fait les beaux-arts à Barcelone qui me l’a offert mais en fait je l’ai jamais écouté ». Tu vois ? Celui qui te dira avec un ton blasé que le nouveau Earth, c’est de la merde et que de toute façon un disque de Earth avec du chant, c’est comme un épisode de Game of Thrones sans scène de cul. En soi, une hérésie. En bref, le mec qui passe sa vie à se différencier de ceux qui cherchent à se différencier de la masse dans un mouvement qui crée une espèce de cercle infernal au tournoiement vertigineux et par le mouvement duquel il se retrouvera un jour où l’autre à trouver du génie dans l’œuvre de Laurent Voulzy.

Tout ça pour te dire tout le bien qu’on pense de cet album, et à quel point on emmerde le fan détaché, exemple type du parasite social s’il en est. Car à part vouloir faire chier son monde en prenant des postures de premier de la classe des haters, il n’y a strictement rien à redire à ce Primitive and Deadly. Earth continue de tourner sur son orbite avec Sunn O))). Bien au-dessus de la concurrence, bien au-dessus des apprentis dronistes à guitare, souvent plus prompts à enculer les mouches dans le formol qu’à faire avancer une musique qui a pourtant prouvé, notamment grâce aux deux groupes susmentionnés, tout le pouvoir mystique, spirituel et physique auquel elle pouvait aspirer. L’autre grande nouveauté de cet album, c’est le retour aux guitares cradingues et doomesques, aux riffs titanesques et rampants (comme sur l’introductif « Torn By The Fox of the Crescent Moon »). Une facette (pour ne pas dire une marque de fabrique) que le groupe avait laissée de côté depuis l’énorme Hex (Or Printing in the Infernal Method), optant pour des atmosphères plus sèches et arides. Un retour gagnant, car enrichi de l’expérience et des nouveaux territoires conquis avec succès depuis. On oserait même l’adjectif de psychédélique si celui-ci n’était pas en train de devenir la tarte à la crème insupportable de ce milieu de décennie. C’est-à-dire une musique qui élève l’âme et pas uniquement celle d’un VRP de pédales d’effets pour guitares. Et puis excusez-moi, mais Mark Lanegan qui chante sur un disque de Earth, si c’est pas le fantasme ultime, autant aller s’inscrire à un symposium sur la physique de la matière molle.