Kaiku

Kiki

Bpitch Control  |  2009
6 / 10
par Simon  |  le 29 mai 2009

Que dire de Kiki sinon que sa place dans le label d’Ellen Allien, Bpitch Control, justifie à elle seule qu’on s’intéresse de près à notre Allemand. Comme beaucoup d’autres dans la sphère tech house, Kiki est avant tout un activiste forcené, dispersant des EP à perte de vue entre Crosstown Rebels (label émérite mené par Damian Lazarus) et Bpitch Control, mixant le premier volume de la série Boogybytes et sortant finalement un premier album (Run With Me) globalement bien accueilli par la chronique. À bien regarder ce curriculum vitae pour le moins chargé, on donnerait à Kaiku le bon Dieu sans confession, sûrs que ce nouvel essai suivra sans mal la voie déjà tracée par ses productions antérieures. Le savoir-faire étant ici une constante, le risque potentiel ne pourrait donc venir que d’une éventuelle autosuffisance de la part de l’Allemand. Et comme pour ne pas me contredire, l’album commence avec un « Autumn Leaves » assez convenu, tenant dans ses bras tout ce qui fait les formes habituelles d’un croisement techno/house maintes fois ressassé : les basses sont au rendez-vous, lisses et groovy, la mélodie quant à elle passe sur les oreilles avec un incroyable détachement. On aime sans pouvoir rien retenir. Heureusement pour nous, si le disque se loupe quelque peu au démarrage, les pistes suivantes élèvent sensiblement le niveau : « After The Storm » en impose grâce à une délicate fusion techno-dub agrémentée d’une guitare basse massive et d’une poignée de guitares hawaï-style, alors que « Good Voodoo » fleure bon la house old-school avec ses vocaux surannés et ses pirouettes rétro-futuristes.

Et c’est sur cette base largement organique que Kiki va venir poser le cœur de son album. « No Words Necessary » prend tous les risques en adoptant une structure escarpée montée sur une guitare bouclée à l’infini, alternant beat décomposé et retombées acid pour un résultat au-delà de toute attente. « Starslider » et sa guitare basse massive et « Immortal » avec son violoncelle abyssal n’en sont pas moins bons, réaffirmant la place d’un son électronique à la fois beau, structurellement accomplis et furieusement dancefloor. Mais à peine le temps de retomber sur ses pattes après une belle série de pépites que l’Allemand sombre à nouveau dans les travers d’une étonnante conformité. La deuxième moitié de Kaiku est sans aucun doute moins inspirée, la prise de risque au niveau zéro pour venir se replacer au seuil du minimum syndical. Comme dit plus haut, cet album est un concentré de talent et d’autosuffisance : la musique ici présente atteint rapidement un bon niveau mais éprouve trop souvent des difficultés à grimper la marche supplémentaire qui justifie pourtant ce statut de héros électronique. Un disque trop souvent indifférent pour véritablement marquer les esprits de manière définitive, et qui compte au final sur une poignée de titres valeureux pour se défendre des critiques. Pour le même prix, Sascha Funke nous sortait un Mango plus constant, et donc plus à même de représenter la techno qu’on aime chez Bpitch Control.

Le goût des autres :