Epiphanie

Para One

Institubes  |  2006
8 / 10
par Jeff  |  le 9 septembre 2006

Para One est pour beaucoup un parfait inconnu et pourtant, il fait partie de ces gens dont on se demande à la lecture de leur CV s'ils n'ont pas inventé la journée de 48 heures: producteur pour le compte de TTC ("Dans le club", c'est lui) ou du Klub des Loosers, moitié de Fuck a Loop aux côtés de Tacteel, remixeur de luxe pour Daft Punk, MSTRKRFT ou même les infâmes Vegastar et vidéaste à ses heures perdues, Jean-Baptise Laubier a aujourd'hui trouvé le temps d'ajouter une nouvelle corde à son arc en arrangeant, enregistrant et produisant les 14 titres de Epiphanie, son premier album.

Trois frères batteur, guitariste et chanteur pour l’introduire au rock classique, une mère amatrice de piano pour le classique, deux sœurs pour se charger du hip hop, un cousin pour l’éducation aux musiques synthétiques, des débuts précoces dans le rap dit "de banlieue" et une étude en profondeur des phénomènes techno et eurodance, telle fut l'éducation musicale chargée d'un Para One qui se pose sur Epiphanie comme un premier de classe en puissance. Et voilà que pour le plus grand plaisir de nos tympans, ce long cheminement se traduit aujourd'hui par une musique qui situe aux confluents du hip-hop pur jus et de l'électro tonitruante. Tiraillé entre odes maximalistes à la gloire du dancefloor ("Dudun-Dun" ou "Les soleils artificiels") et titres sombres et hypnotiques ("Liege"), Para One a élaboré dans l'ombre une musique unique, provocante et hallucinante qui évolue en parallèle des habituelles productions électros françaises. Pour atteindre sa cible et la détruire manu militari, ce savant fou de Para One part systématiquement d'une base simple pour ensuite déstructurer le son, le gonfler à la testostérone et l'agrémenter d'un loop obsédant ou d'un vocoder rouillé. Evidemment, rien n'est laissé au hasard sur cet album beaucoup plus complexe qu'il n'en a l'air sous ses airs de machine à suer.

En jouant sur de nombreux tableaux sans jamais donner l'impression de se disperser, Para One amincit encore un peu plus la frontière entre les différents genres et accouche dans la plus stricte intimité d'un album puissant et décomplexé. Dernière petite recommandation: il est vivement conseillé de ne pas se fier à une pochette hideuse renfermant l'un des disques les plus dansants et les plus percutants de cette année 2006.

Le goût des autres :

note : 88/10Simon note : 88/10Julien note : 88/10Soul Brotha