Embruns

Automne

indépendant  |  2016
7 / 10
par Tariq  |  le 17 juin 2016

Vous l'avez compris depuis le temps : le chroniqueur GMD est un être ambivalent. Si ce fort en gueule n'aime rien plus que jouer du grime en soirée pour emmerder les copines de sa meuf, il est plutôt du genre à poncer secrètement les dernières livraisons R&B en provenance de Toronto ou les expérimentations tendrement emo de nos chers beatmakers hexagonaux.

C'est ce qui nous a poussé à revenir récemment sur l'œuvre du touche-à-tout Shkyd (ancien Frensh Kyd). Et ça tombe bien puisqu'après avoir livré quatre projets coup sur coup en mars dernier, le beatmaker/réalisateur/podcasteur est aux commandes d'un nouveau projet : l'EP Embruns de Automne (disponible gratuitement ici). On ne sait pas grand chose de cet artiste : une apparition furtive sur le 00h92 de Rufyo l'année dernière et une connexion apparemment ancienne avec Shkyd, voilà pour les infos. 

Embruns, c'est un peu la suite du 00h92 de Rufyo, une sorte de spin-off plus court et plus mélodieux. Si les thématiques des relations amoureuses, de la débauche et de la vie nocturne sont toujours présentes, elles sont ici retranscrites dans un phrasé étrange, ni tout à fait rap, ni tout à fait chant.

Automne évolue dans un entre-deux au goût du jour, avec un travail sur les voix proche de ce que propose PNL : autotune discret mais omniprésent et jeu avec les espaces et les ad-libs. L'inspiration globale du projet est à chercher du côté du Toronto de Drake, The Weeknd et autres PARTYNEXTDOOR : Automne et Shkyd transforment Paris en mégalopole froide et futuriste, peuplée de femmes mystérieuses et fantomatiques ; une dystopie où l'alcool ne suffit pas pour atténuer l'ennui et la lassitude.

Pourtant, l'EP est un peu plus qu'une adaptation française de cette esthétique en vogue. Si le titre du projet nous faisait attendre un trip en haute mer, le chanteur et son compositeur préfèrent manipuler les éléments contraires. Un contraste bien résumé dans l'intro "Baiser Kérosène" : "l'océan de larmes" dont il est question au début du morceau se change rapidement en décor incandescent. "Nos lèvres brûlent et dans la fumée dansons", clame un Automne aux abois. L'instrumentation répond aux atermoiements du vocaliste, passant par différentes phases : cascades de synthés transparents comme des gouttes de pluie, cordes larmoyantes et éléments en fusion. 

Mais la véritable pépite du projet, c'est bien évidemment "Diamants" (et son joli clip). Sur une rythmique métallique qui claque comme un ultimatum posé à l'être aimé, Automne et Shkyd déploient leur savoir-faire : mélodies orientales, descriptions d'un Paris désolé et riffs langoureux. En bref, Embruns est une belle entrée en matière pour Automne, ainsi qu'une pierre posée à l'édifice d'un RnB français bien palot ces temps-ci. La paire parvient à y façonner un véritable univers, profond et envoûtant. Une formule qui ne demande qu'à être affinée pour aller conquérir un plus large public. Quoi qu'il en soit, les petits cœurs d'artichaut de la rédac' sont déjà conquis.