Down In Heaven

Twin Peaks

Grand Jury  |  2016
5 / 10
par Pierre  |  le 10 juin 2016

Un groupe qu’on aime, c’est un peu comme une seconde meuf - à cette différence près que personne ne vous reprochera de forniquer à droite à gauche et d’en aimer un bon paquet. De ce point de vue là, plusieurs catégories se différencient en fonction des multiples degrés de considération et d’importance possiblement accordés à ces groupes. Et à vrai dire, Twin Peaks nous avait pas mal aguiché avec Wild Onion. Si ce second album aurait certes mérité quelques lignes sur ces pages, relativisons : ce second long format bourré d'hymnes power-pop bienveillants ne représentait pas la promesse d’un amour véritable, durable et absolu car trop conventionnel. On y voyait plutôt une amourette estivale fugace dont la saveur n’est due qu’à la connaissance de son caractère fragile et éphémère.

Parce que clairement, et ceci sans nier d’aucune manière le plaisir immédiat que nous procure toujours l’écoute de l’album sus-évoqué, Twin Peaks n’a jamais été le groupe du renouveau ou de l’audace mais s’apparente plutôt à cette meuf de la part de qui tout le monde souhaiterait bien un petit quelque chose sans pour autant risquer de s’y lier trop sérieusement. Avec une sincérité et une simplicité bienvenues, ces jeunes Ricains nous avaient cloué le bec avec des chansons humbles et sans prise de tête, baignant dans un cocktail d’urgence et de férocité juvénile. 

Oui mais voilà, Twin Peaks s’est essoufflé et semble un peu perdu, ou du moins en phase de recherche inaboutie. Car si l’écoute de ce Down In Heaven est loin d’être désagréable, il ne subsiste finalement pas grand chose de concret une fois le disque rangé dans l’étagère - il est où ce single à la "Making Breakfast" ?! Quelques qualités évidentes laissent pourtant entrevoir ce qu’aurait pu être cet album, comme l’efficacité indéniable de "Walk To The One You Love" et "Butterly" ou cette façon bien spécifique de contraster les voix - pendant que l’une prend soin de tes tympans, l’autre te crache volontiers à la face y compris sur les ballades les plus calmes telle "Cold Lips". Mais cela n’empêche en rien une bonne partie des chansons présentes de patauger dans une sorte de niaiserie trop rarement maîtrisée, voire parfois de s’embourber dangereusement dans la guimauve ("You Don’t").  

Du coup, on se dit que le communiqué de presse nous vendant ce Down In Heaven comme l’album le plus abouti du groupe (quelle originalité…) se plante carrément. Si l’intention du renouvellement peut être louable, nul n’ignore qu’elle est bien plus souvent délétère que profitable. Et malheureusement Twin Peaks n’échappe pas à la règle, la grande majorité des titres n’étant franchement pas du même acabit que ceux du précédent album. Si les sonorités assez souvent stoniennes ne sont pas pour nous déplaire, il résulte du produit fini une sensation d’inachevé. À vouloir parfois trop en faire on finit par perdre l’essence de la chose. 

Mais ne pensons pas à Twin Peaks avec tristesse, ne regrettons aucunement nos amours passées dont certains relents sont malgré tout toujours présents sur Down In Heaven - on pense notamment aux deux singles précédemment cités. Car même si chaque rupture indépendante de notre volonté peut s’assimiler à un bon coup de massue et ce, quelle que soit la nature de la relation jusque-là entretenue, la déception engendrée ne nous fait regarder le passé qu’avec plus de tendresse.