Der Lange Marsch

GAS

Kompakt  |  2021
7 / 10
par Bastien  |  le 16 décembre 2021

Par quel miracle reconnaît-on parmi des milliers le pas d’un être cher ? La force de l'habitude diront les esprits les plus cartésiens, les vibrations rétorqueront les plus mystiques. Ce septième album de GAS tient un peu de ces deux conceptions, tant la patte de Wolfgang Voigt est reconnaissable instantanément, comme par magie.

Avant toute chose, il faut dire qu’entendre un album de GAS en 2021 est toujours un petit miracle, le co-fondateur du mythique label Kompakt ayant mis sur pause son alias durant 17 longues années, si bien qu’un quart de siècle sépare Gas, premier album éponyme et Der Lange Marsch, censé clore l’aventure GAS. Devenu mythique pour les amateurs d’ambient et de techno, son œuvre relève de l’indépassable tant sa musique pourrait être l’alpha et l’omega de ce qu’est une musique « organique ». Il suffit pour cela de se perdre dans les chemins forestiers sinueux qu’a imaginé GAS, tantôt lumineux jusqu’à l’aveuglement tantôt sombres et menaçants comme un soir de nouvelle lune. 

Der Lange Marsch ne s’écarte nullement du sillon tracé sur les six albums précédents: un foisonnement d’effets ambient / modern classical des plus mélodiques aux plus inquiétants, autour desquels se déploie, en arrière-plan, une pulsation techno. Pulsation, le mot est utilisé à dessein, et kick eut été trop trivial pour qualifier l’effet recherché par notre cher Wolfgang. Car cette pulsation, cet élan vital qui traverse toute l’œuvre de Voigt mute, est toujours différente mais toujours semblable. Étrange paradoxe. Ce tour de force est une nouvelle fois au cœur de son travail, à ce détail près que l’aspect lointain et sourd de cette pulsation entendue sur Konigsforst, Gas ou Zauberberg, se fait plus massive, presque martiale sur Der Lange Marsch. Ces « oom pah oom pah oom pah » martelés encore et encore n’écrasent en rien les compositions de GAS; au contraire, ils permettent de mettre en exergue des mélodies et des crépitements d’une densité quasi palpable.

Rappelons-nous qu’il s’agit là d’une « longue marche » et que ce pas qui tambourine durant 67 minutes veut nous guider quelque part. Au détour de ces différents mouvements, onze au total, on retrouve des bribes d’anciens morceaux savamment disséminés comme des balises. On comprend dès lors que cette déambulation est avant tout conçue comme une rétrospective du long et méticuleux travail de GAS. Parfois monotone et éreintante, cette « longue marche » que GAS nous invite à faire en sa compagnie nous permet de redécouvrir toute l’étendue de son talent de compositeur, car comme le résume si bien l’écrivain-marcheur Sylvain Tesson « quelque soit la direction prise, marcher conduit à l’essentiel ». 

Le goût des autres :