2007

False

M_nus  |  2007
10 / 10
par Simon  |  le 23 novembre 2007

A peine le temps de digérer le monument que fut Asa Breed que Matthew Dear nous revient déjà un nouvel enfant sous le bras. Insaisissable personnage qui, non content d’avoir régalé la galerie de ses productions admirables, fait le choix de reprendre du service sous son pseudonyme le plus méconnu du grand public. False, une première ambiguïté qui n’a rien à envier à celle de sa pochette, sombre panneau lumineux dont le brasier des feux semble éclairer un univers brutal et hostile à toute incursion malvenue. Une première observation qui a de quoi faire frémir si l’on se penche sur l’immobilité de ce polaroïd déviant. Car l’univers décrit ici est bel et bien en mouvement, un tableau obscur dont les mouvements seraient ordonnés par une intelligence supérieure, une reine mère ayant seule la connaissance des recoins de ce labyrinthe sinueux.

Trop tard pour faire machine arrière, ce premier vent polaire nous fait comprendre que la seule issue est de poursuivre cette route qui nous est offerte juste devant nous. Quand l’intrigue fait place à l’inquiétude, cette marche d’apparence paisible se transforme vite en une chasse à l’homme qui ne laisse de liberté qu’à votre imagination la plus fertile, vous qui étiez déjà tellement effrayé à l’idée de fermer les yeux. La suite n’a rien de plus réjouissant car False est la matière et l’anti-matière, croisement millimétré de ce que la minimale a de plus rationnel et de plus inexplicable. La basse est lourde et étouffante, l’air est vicié, et l’organique étouffe. Les ambiances se distordent en leur milieu laissant entrevoir une progression jusque-là hors d’atteinte pour le commun des mortels, donnant à ces tournoiements une impression réelle de vertige. La tête vacille à la renverse mais le corps suit de toutes parts et en redemande avec insistance.

Les choses vont de mal en pis avec ces bourdonnements surnaturels qui peinent à couvrir le bruit de ces ombres fuyantes. L’image est son et le son est image. La chute est gelante, ces ombres de jadis se raidissent mais continuent à nous apparaître vivantes, la porte de sortie est maintenant proche. Humeurs industrielles, vous voilà à la croisée des chemins, coincé entre le tapage assourdissant de véhicules fendant l’air avec une vélocité bien peu naturelle et une avalanche de basses en paliers. Coincé entre le néant et le néant, avec une autoroute en guise d’ultime obstacle. Jamais trop sûr de vous, vous enjambez ces dernières voix dont le timbre chirurgicalement transformé tient les rênes de basses démoniaques chargées en écho et en explosion de vapeurs brûlantes.

Vous voilà finalement face à l’homme, maître d’orchestre de cette machination avec un dernier titre en guise d’excuse. Lui réorganise les choses avec les voix de ceux qui ne sont pas arrivés jusque-là. Vous le reconnaissez sans plus de mal, trônant au-dessus de ces sujets avec une arrogance qui n’a de cesse que de sublimer son talent. Heureux soient les corps meurtris car ils viennent de goûter une des plus grandes expériences électroniques qu’il leur ait été donné d’appréhender. Une expérience signée par une main schizophrène. 2007, une bien belle année pour réinventer la minimale.

Le goût des autres :

note : 66/10Julien