Replace Why With Funny

Dear Reader

City Slang  |  2009
9 / 10
par Popop  |  le 25 avril 2009

Quand on parle de musique moderne, certains pays évoquent plus de choses que d’autres. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni bien sûr, mais également le Canada, l’Australie, la Suède, l’Allemagne et même la France sont autant de noms qui viennent immédiatement à l’esprit. L’Afrique du Sud beaucoup moins. Il faut dire que la situation de ce pays à l’histoire récente chaotique et au quotidien encore marqué par les stigmates de l’apartheid n’est pas des plus favorables à l’émergence de groupes ou d’artistes. Et c’est sans doute ce qui rend encore plus singulier le phénomène Dear Reader, ce trio sorti de nulle part et qui débarque aujourd’hui avec un premier album proprement stupéfiant.

Enfin… Sorti de nulle part… L’expression ferait sans doute grimacer Cherilyn MacNeil, chanteuse et tête pensante du groupe. Car la jeune femme sait d’où elle vient – et elle sait aussi le poids qu’a sur son histoire personnelle ce pays, l’Afrique du Sud, et cette ville, Johannesburg, qu’elle dit détester autant qu’aimer. Car Replace Why With Funny est de toute évidence une somme de contradictions, un disque aussi âpre qu’il peut être doux, aussi agressif qu’il sait se faire berçant. La contradiction, on la trouve d’abord dans le timbre de voix de MacNeil, une voix délicate quand elle chante ce qui pourrait être une prière ("The Same") mais qui sait se faire puissante quand le sentiment de détresse prend le dessus ("Great White Bear" et son final qui prend à la gorge). La musique aussi se fait contradictoire, avec de nombreuses cassures de rythme, un folk qui sombre un instant vers le rock, une pop qui n’oublie pas ses origines - le gospel, le blues et le jazz - comme sur l’incroyable "Never Goes" et "Dear Heart"

A l’image de cette étrange pochette où les codes les plus primaires sont réinterprétés et où le rêve semble à tout instant pouvoir basculer vers le cauchemar, Cherilyn MacNeil ressemble à une enfant qui a grandi trop vite, troquant trop tôt sa naïveté pour une carcasse d’adulte endurci et un monde glacial où l’avenir se dessine en pointillés ("What We Wanted"). Une croissance trop rapide qui donne à Replace Why With Funny cette effarante maturité, cette envie presque étouffante de grands espaces et cette soif de culture et d’ouverture qui ne peut venir que d’un pays renfermé sur lui-même. Dear Reader, c’est tout cela et plus encore, c’est un talent à l’état brut pour un disque réalisé en pleine autarcie mais dont la résonance va bien au-delà de ses frontières.

Le goût des autres :

note : 66/10Splinter note : 77/10Nicolas