Concert

Soulwax-Mas

Grenslandhallen, Hasselt, le 20 décembre 2008
par Jeff, le 24 décembre 2008

Ce weekend, le clubber belge avait l’embarras du choix. Tandis qu’à Bruxelles, l’Ancienne Belgique clôturait une nouvelle année bien chargée avec sa désormais traditionnelle soirée Exit (avec au programme Gorillaz Sound System ou Benga), à quelques dizaines de kilomètres de là, à Hasselt plus précisément, c’est les frères Dewaele qui conviaient des milliers de spectateurs pour la deuxième édition de leur grand raout de fin d’année, le Soulwax-Mas. Après les dates parisiennes, berlinoises et rotterdamoises de cette tournée de fin d’année entre copains, il fallait bien terminer l’affaire en beauté à domicile, devant un public tout à la cause des frères gantois.

Après une première édition à l’affiche kilométrique mais à l’organisation désastreuse dans l’immense Flanders Expo de Gand pour ce qui ressemblait trop à un ‘I Love Techno bis’, c’est cette année la ville limbourgeoise, via l’équipe organisatrice du Pukkelpop, qui a décroché la timbale. Ceux qui ont déjà assisté à une édition du Pukkel’ ne diront pas le contraire : ces gens-là n'ont pas leur pareil pour organiser un évènement de taille. Et cela s'est vérifié ce samedi dans un Grenslandhallen qui a accueilli dans des conditions optimales une dizaine de milliers de noceurs chauds comme la braise. Chose trop rare pour le souligner : on ne faisait pas la file au bar, aux toilettes ou à l’entrée des deux salles prévues pour l’occasion. Ajoutez à cela un son impeccable malgré une salle impersonnelle aux airs de gigantesque caisse de résonance et vous obtenez tous les ingrédients d’une bonne soirée. A condition évidemment que le line-up soit à la hauteur. Mais là, on pouvait compter sur le carnet d’adresse de David et Stephen Dewaele pour ne pas nous décevoir. Certes, les mauvaises langues diront que la majorité des noms présents lors de cette première édition étaient déjà à l’affiche en 2007, mais il faut croire que les gars de Soulwax ne se sont pas fait beaucoup de potes cette année. Mais ne boudons pas notre plaisir: Das Pop, Boys Noize, Erol Alkan, Tiga, Goose ou Midnight  Mike n’étant pas les derniers des manchots, on pouvait s’attendre à passer du bon temps.

Pour notre équipe de valeureux (et encore sobres) rédacteurs, tout commence sur le coup des 22h avec le ‘surprise guest’ convié par Soulwax. Après la mauvaise blague de l’année dernière (un bref concert de Milk Inc, bouse dance au succès inexplicable en Flandre), on s'attendait à quelque chose d’un peu plus crédible et digne des 35 euros déboursés. C’est donc à monsieur Ed Banger, aka Pedro Winter, qu’est revenu l’insigne honneur de chauffer la salle avant la montée sur scène de Soulwax. L’homme, plutôt habitué à jouer les têtes d’affiche que les faire-valoir, a cependant pris son rôle très au sérieux pour un set sobre, qu’on s’était imaginé perclus de tubes Ed Banger (on a quand même eu droit à Justice et Mr. Oizo, faut pas déconner) mais qui a par moments pris une tournure acid très agréable. A peine Busy P en avait-il fini avec un remix du "A-Punk" de Vampire Weekend sorti de l'au-delà que les héros de la soirée ont déjà pris place derrière leurs instruments dans une folie indescriptible. S'en sont alors suivie soixante minutes absolument délirantes qui ont vu le groupe gantois proposer un savant mélange de leur album Nite Versions et de leurs remixes compilés l’année dernière sur Most of the Remixes… Couillu et jamais avare en grands moments (le classique « NY Excuse » ou la relecture insoutenable du « Gravity’s Rainbow » des Klaxons), ce concert nous a montré un groupe plus rôdé que jamais dont le set évolue en permanence. En même temps, comment peut-il en être autrement de la part de ces stakhanovistes qui passent leur vie sur les routes ? Quant à ceux qui se demandent vraiment ce qu’ils ont raté, un petit visionnage du concert livré avec le documentaire Part of the Weekend Never Dies devrait leur donner quelques pistes.

Les guiboles déjà bien entamées, nous nous rendons alors dans la seconde salle histoire d’un peu se reposer devant Tiga. Il faut dire que le Canadien, habitué des clubs et festivals belges, n’a que rarement convaincu lors de ses nombreux passages belges. Plus doué pour fabriquer les bombes que pour les enchaîner, ses prestations sont souvent soporifiques et anodines. Pourtant, l’ami Tiga va déjouer pas mal de pronostics et livrer un set électro agréable, parsemés de quelques bombes (dont l’inusable « Why Not? » de Alter Ego, l’un des tubes les plus playlistés ces douze derniers mois). Parfait pour se préparer au feu d’artifice final qui nous attend dans la grande salle à 2h30 : la prestation des 2 Many DJ’s.

Plutôt décevants en tête d’affiche du Pukkelpop, les 2 Many DJ’s ont semble-t-il mis un point d'honneur à être à la hauteur des attentes pour ‘leur’ soirée. Entamant les hostilités sur leur remix testostéroné de « Hey Boy Hey Girl », leur set de deux heures, dans une ambiance indescriptible et une chaleur étouffante, ne va pas connaître le moindre temps mort. Il faut dire que dès que le moindre temps mort semblait pointer le bout de son nez, les frères Dewaele nous sortait le genre de bombes, intemporelles ou non, mais dont le seul but est de vous faire danser sur votre tête. Le coup de pompe arrive? Hop, je te balance le « Roots Bloody Roots » de Sepultura. Un début de crampe aux guiboles? Et vas-y que je te prescris une petite dose du remix maison du « Kids » de MGMT. Deux heures durant, c’est à cette sauce que le public, sur un petit nuage, va être mangé, mijotant dans ce mélange d’effluves de houblon et de nicotine, de chaleur tiède et bestiale et de tracks indémodables.

Passée l’expérience Soulwax/2 Many DJ’s, difficile de se remotiver pour les sets d’Erol Alkan ou Mixhell et, à l’instar de centaines d’autres fêtards, notre petite équipe se décide à regagner lentement mais sûrement ses pénates, le cerveau embrumé et le sourire aux lèvres, convaincue que l’année prochaine, si les frères Dewaele remettent le couvert, elle sera une fois encore de la partie. Part of the weekend never died.