My Morning Jacket

Trix, Anvers, le 10-11-2011 | par Jeff le 12-11-2011

Si My Morning Jacket était un produit qui se vend à coup de slogans, peut-être que celui-ci permettrait de décrire la chose à merveille: "My Morning Jacket, defying bad taste since 1998". Autrement dit, depuis que le groupe emmené par Jim James s'est mis en branle, il a constamment étonné par sa propension à jouer avec les limites du bon goût. Mais ce qui fait sa force et lui confère aujourd'hui le statut de poids lourd de l'indie américain, c'est qu'il a procédé sans jamais se brûler les ailes ou s'attirer les moqueries. Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir joué avec le feu sur six albums qui se sont à chaque fois révélés être de beaux pieds de nez au conformisme. En effet, rares sont les groupes qui parviennent à mélanger autant de genres diamétralement opposés pour une efficacité maximale : country, blues, prog rock, hard rock, soul, folk, reggae… tout y passe, trempé dans une marre de reverb dont le seul but semble être de mettre en évidence la voix de fausset de Jim James. Et pour couronner le tout, on ajoutera des pochettes au goût souvent douteux – celle de leur dernier en date, Circuital, est d’une immonde simplicité.

Mais c’est vraiment sur scène que le cas My Morning Jacket prend toute son ampleur. On avait déjà pu s’en rendre compte sur le double live Okonokos, mais ici, en plus du son, c’est l’image qui vient nous conforter dans notre impression que le succès de MMJ est aussi mérité qu’inexpliqué. Entre un Jim James capé qui se limite à une pauvre intervention sur 2h30 de concert bien tassées, un batteur qui tout droit sorti d’un groupe de death metal qui se fend à l’occasion de poses réminiscentes des pires heures du hard, les nombreux moments où Jim James et Carl Broemel se sont davantage cru dans une partie de Guitar Hero (mais en mode expert hein) qu’à un concert et l’impression que le set marathon n’a pas eu le moindre fil conducteur, on pourrait se dire que l’étape anversoise de la tournée de My Morning Jacket ressemblait davantage à une belle galerie de clichés WTF qu’à un concert à proprement parler.

Mais voilà, si les concerts du groupe affichent invariablement complet, c’est pour une bonne raison : la machine est extrêmement bien rôdée et ce qui ressemble sur papier au festival international du grand portenawak se révèle être un festin pour les yeux et les oreilles. Et pour le 700ème concert de leur carrière, les Américains ont fait preuve de leur habituelle générosité dans l’effort, avec une setlist ratissant très large et couvrant toute la discographie du groupe, en se gardant bien de trop s’attarder sur leur album le plus faible, Evil Urges. Malgré une communication nulle avec le public et un inévitable ventre mou, l’intensité ne baisse jamais vraiment et il faudra un « One Big Holiday » dantesque pour mettre un point final à un concert qui n’a certes rien eu de mémorable mais qui a une nouvelle fois confirmé la place essentielle qu’occuppait My Morning Jacket dans la galaxie indie.

Setlist :

Victory Dance
Circuital
Off the Record
I'm Amazed
It Beats 4 U
At Dawn
Wonderful (The Way I Feel)
Heartbreakin Man
Outta My System
Slow Slow Tune
Steam Engine

First Light
Holdin' On to Black Metal
I Will Sing You Songs
Run Thru
Touch Me I'm Going To Scream Pt. 2
Movin' Away
Mahgeetah

Rappel:
Smokin From Shootin
Golden
Worldless Chorus
Phone Went West
One Big Holiday