The Sound

Mar

Ring Road Records  |  2008
5 / 10
par Jeff  |  le 30 mars 2009

Quand on y réfléchit bien, les groupes franchement défricheurs ou, qui, à défaut d'innover, vous mettent dans des états pas possibles en deux accords ou trois notes de synthé, ça ne court pas vraiment les rues de nos jours. Et donc, pour une poignée d'Animal Collective, de Sigur Ròs, d'Arcade Fire ou de Strokes, il faut se farcir des centaines de formations oscillant entre le sympathique et l'anodin en passant par le notable. Je n'ai qu'à regarder le contenu de ma boîte aux lettres pour en avoir la confirmation. Ce genre de groupes pullule et une opération massive de tri à la source s'impose inévitablement. Heureusement pour Mar, le groupe a réussi à passer l'étape du premier écrémage. Il faut dire que le CV de cette formation originaire de l'Arkansas a de quoi vous mettre l'eau à la bouche: leur premier opus (The Silence) a été enregistré à Reykjavik dans les studios de Sigur Rós et comptait une jolie brochette de guest, dont Jimmy LaValle de The Album Leaf et Samuli Kosminen de MúM. Ces mecs-là étant loin d'être des manchots, on se dit alors qu'on peut se lancer dans l'écoute de leur nouvel opus, The Sound, avec un a priori que l'on qualifiera de positif – même si certains de nos lecteurs auront déjà fui à la seule mention du nom de Sigur Rós.

Même si pour ce nouvel opus, le groupe a abandonné l'immensité de l'Islande pour se barricader dans une cabane au fin fond de l'Arkansas en compagnie de membres de Bright Eyes et d'Imogen Heap, jamais ces deux endroits n'ont semblé si proches. En effet, on retrouve sur ce nouvel album ces ambiances éthérées que la chronique prêtait volontiers à The Silence. De son périple islandais, Mar est rentré les valises pleines de ces mélodies pop en apesanteur que rien ou presque ne peut venir bousculer. Dès le magnifiquement orchestré « A Celebration », l'auditeur pénètre dans l'énorme bulle molletonnée concoctée par le groupe et que d'occasionnelles nappes de guitares héritées du post-rock viennent bousculer. Pourtant, malgré un départ sur les chapeaux de roue, laissant penser que le groupe est en mesure de rivaliser avec un groupe comme Sigur Ròs, il montre un peu trop rapidement ses limites et sombre dans le pastiche de mauvaise facture. Tous les ingrédients sont alors réunis, mais l'incapacité à faire prendre la sauce se révèle probante, propulsant alors Mar dans cette dimension parallèle où errent indéfiniment ces formations qui ont croulé sous le poids de leurs ambitions. Jusque-là plaisante caresse, la musique des Américains devient alors poil à gratter et ne donne pas envie de faire durer le plaisir. Par contre, l'envie de se resservir une bonne lampée d'Ágætis Byrjun se fait-elle ressentir. Ágætis Byrjun, ou « Un bon début » en français. Voilà bien un titre qui aurait collé à merveille à ce disque à classer dans le dossier 'espoirs déçus'.