The B-Room

Dr. Dog

-Anti  |  2013
6 / 10
par Jeff  |  le 26 novembre 2013

Sur papier, Dr. Dog a tout du groupe chiantissime, celui qui nous donne envie de ne pas résister aux accès coupables de jeunisme dont on se rend parfois coupable. Faut déjà voir leurs tronches de cake à l’arrière du disque, ce n’est pas très engageant. Pas plus que la pochette du disque, à peu près aussi bandante qu’une soirée diapos chez les beaux-parents. On ne vous parle même pas du nom qu’a choisi le groupe, d’une banalité sans nom. Par ailleurs, son genre de prédilection (le folk rock), il a choisi de sagement lui astiquer le manche plutôt que le faire entrer de plein pied dans le siècle nouveau, comme on pu le faire My Morning Jacket ou Wilco avant eux – voire en même temps qu’eux, puisque Dr. Dog est actif depuis 13 ans maintenant, et que ceci est déjà le septième album d’un groupe que l’on ignore superbement de ce côté-ci de l’Atlantique alors qu'il pèse quand même presque 120.000 fans sur Facebook. Ajoutez à cela le fait que Dr. Dog vénère un bon paquet de formations qui ne parleront qu’au plus vieux de nos lecteurs (The Band, Bob Dylan et The Beatles en tête), et vous obtenez, sur papier donc, un groupe dont l’album promo risque de lentement mais sûrement dépasser sa date de péremption, sans que personne ne le remarque.

Mais comme on a un minimum de conscience professionnelle (et qu’on est déjà un peu vieux dans nos têtes), on l’a écouté ce B-Room. Et à notre grande surprise, on lui a trouvé suffisamment de qualités pour vous encourager à y jeter une oreille attentive. Parce que derrière cette musique de papys qui s’ignorent, il y a un savoir-faire indéniable, un petit supplément d’âme qui fait défaut à tant de sorties, et surtout un sens de la composition qui caresse dans le sens du poil l'amateur de choses bien faites. Et si l’on accepte de  ne pas être dans l’intensité de l’instant mais dans le songwriting qui dévoile ses charmes au fil des écoutes, on lui trouve de nombreuses qualités à The B-Room, et on se retrouve à en siffloter ces mélodies à l’apparente banalité. C’est notamment ce qu’il se passe avec la première moitié du disque, assez impeccable dans son alternance entre titres reposants (groovy « The Truth »), crève-cœurs folk (impeccable « Too Weak To Ramble ») et mélopées plus enlevées (irrésistible « Distant Light »). C’est bien simple, Dr Dog aurait sorti un EP ne contenant que les sept premiers morceaux de The B-Room, et le constat aurait été tout autre. Mais voilà, à perdre lentement de son souffle, les grands espaces que le groupe se prend à convoquer sur les meilleurs titres du disque évoquent tout à coup l’ennui d’un studio exigu. Et nous laissent avec un désagréable goût de trop peu en bouche... Dommage.